Derrière le sourire de Lise Vanrycke

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Lise est une des premières créatrices de bijoux que j’ai rencontrée dans ma vie antérieure, quand j’étais moi-même créatrice, il y a pile 10 ans.

A mon premier salon Première Classe en 2006, j’étais sa voisine, et je l’observais avec la curiosité du néophyte, parce que tout était absolument parfait et cohérent sur son stand, et qu’il ne désemplissait pas du premier au dernier jour.

Lise faisait carton plein à chaque salon, suscitait l’envie, les convoitises, et toute mon admiration. Je suis format grande sauterelle quand elle est plutôt format coccinelle, mais je l’ai toujours regardée comme une grande, et les années n’ont pas démenti mon pressentiment.

Depuis 16 ans, Lise a construit la marque Vanrycke sans un faux pas, avec constance et clairvoyance, sans jamais sortir de son chemin, avec une douce ténacité qui traduit la force de son caractère et l’affirmation de ses choix.

Ce qui m’a frappé dès le premier instant chez cette fille, c’est sa discrétion, et l’œil bienveillant qu’elle porte sur toute personne et toute chose.

Le succès de sa marque n’y a rien changé. Elle garde ce look d’éternelle adolescente qui refuse de rentrer dans la comédie de la mode tout en la vénérant, et cette élégance nonchalante est devenue sa signature : elle réussit la prouesse de ne ressembler qu’à elle-même, une jeune fille qui continue de rêver dans le monde des grands.

Cheveux longs, taches de rousseur, regard qui pétille, Lise a toujours l’air de sourire. Je crois que je ne l’ai jamais prise en flagrant délit de mauvaise humeur, ni dans le stress d’un salon, ni dans le détour d’une discussion, autant dire que ce n’est pas le cas de tout le monde, surtout pas moi, je me transformais en bouledogue en période de salon…

Comme elle le dit très bien, le succès lui a donné la confiance et c’est sans doute ce sentiment d’être aujourd’hui durablement reconnue qui l’équilibre parfaitement. Elle puise son inspiration dans la vie, dans la rue, dans tout ce qu’elle voit et qui lui plait, cette insatiable curiosité est très liée à son empathie, et son empathie est très liée à sa création.

J’ai eu envie de faire le portrait de Lise en mars, parce que j’avais un peu travaillé avec son équipe dans ma mission d’acheteuse pour la boutique Macle créée par Selim Mouzannar à Beyrouth. J’avais trouvé sa team extrêmement professionnelle, d’une efficacité redoutable (la seule marque qui vous livre en 3 semaines à compter de la commande, quasiment sans un reliquat, une performance ! ), et sa communication impeccable. Son instagram est alimenté par des photos de jolies actrices qui portent ses bijoux et qui sont ses meilleures ambassadrices. Quant à ses documents commerciaux, ils sont à son image : sobres, élégants, efficaces.

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A cette époque, Lise était en plein lancement du Styloïde (le fameux bracelet qui met en valeur l’os du poignet, et dont je vous ai fait l’apologie dans mes news de rentrée, en exclu chez Colette depuis hier !), et elle était tellement obnubilée par ce bijou, aboutissement de 3 années de développement, qu’elle a passé le déjeuner à me babiller Styloïde, me décrivant de A à Z les phases complexes de la mise au point technique, me communiquant avec exaltation son enthousiasme sur ce projet.

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A la fin du déjeuner, j’avais la tête pleine du Styloïde, mais je n’en savais pas tellement plus sur Lise. Je me suis rendu compte que c’était tout à fait symptomatique de sa personnalité : discrète à l’extrême sur sa personne, intarissable sur ses bijoux.

J’ai laissé un peu de temps passer, et puis je suis revenue à l’attaque, parce que je trouvais que le sujet « Lise » était digne d’un peu plus d’attention.

On s’est revues en Juillet, je l’ai retrouvée en bas de son bureau chez le coiffeur Rodolphe, où elle m’a avoué que l’expert de la couleur venait de sauver sa chevelure d’un blond désastreux. Décidément la vraie Lise a gardé des tocs d’adolescente, ça fait belle lurette que je ne cède plus au fantasme des expériences capillaires, trop risqué… mais tellement drôle… enfin pour les autres !

Elle m’a emmenée chez Da Rosa, un charmant café-salon de thé de la rue du Mont Thabor dont elle a fait son QG, et là j’ai découvert la fille qui se cache derrière l’adolescente au sourire de Joconde.

Elle m’a beaucoup parlé de son enfance, de cet héritage de précision et de travail bien fait que lui ont transmis ses parents, un père photographe et une mère dessinatrice cartographe, qui dépliait ses cartes, ses encres de chine et ses règles millimétrées le soir, sur la table de la salle à manger.

Je sens que c’est dans ce cocon familial et dans le travail de précision de sa mère que Lise a puisé ses premières aspirations au dessin. Elle parle avec admiration de la patience et de l’exigence, deux valeurs fondamentales qu’elle a toujours eues, et qui la guident.

Comme une évidence, elle convoite des études d’art, et se consacre aux arts plastiques à l’université, où elle se passionne pour le dessin, les portraits et la sérigraphie. Elle me raconte que dès la sortie de la fac, elle loue un garage avec 3 copains pour créer des objets, pour elle se sera des bijoux, toujours une évidence.

De cette époque comme des autres, je pense que Lise ne garde que de bons souvenirs, car pour elle tout s’enchaine magnifiquement bien.

Sa marque nait en 2000, juste après la création du concept store Colette (1997) et du Salon Première Classe (même période), et elle va faire partie de cette génération pionnière qui va réellement imposer un nouveau style dans les bijoux.

Avant 2000, il y avait les marques de la place Vendôme, les grandes marques fantaisie populaires type Agatha, et basta. L’offre en bijoux était attendue et totalement boring, toutes les filles d’un même groupe social portaient la même chose.

Sous l’impulsion des créatrices comme Lise de Vanrycke, Marie-Hélène de Taillac, Frédérique de Ginette NY, Aurélie Biderman et Marie Poniatowski de Stone, on a vu arriver sur le marché plein de petites nouvelles super douées, dont les bijoux se sont tout de suite vendus comme des petits pains. Lise a eu la chance, en plus de son talent, de faire partie de ce wagon qu’on appelait au début la « joaillerie décomplexée », terme incongru en ce qui me concerne, la joaillerie n’ayant jamais été chez moi source d’aucun complexe…

Elle présente sa première collection de bijoux dans une boutique louée rue du Jour, qui va devenir une des boutiques Zadig et Voltaire. Ça marche, et elle décide dans la foulée de participer au salon Première Classe. A l’époque, il y avait une sévère sélection pour rentrer au salon, les créateurs devaient proposer un accessoire sur un thème.

Première Classe les fait plancher sur un bijou en rapport avec le corps, Lise pense à un bracelet qui mettrait en valeur ce petit os du poignet discrètement décalé… le premier Styloïde est né, la marque Vanrycke rentre à Première Classe et chez Colette, et c’est parti pour une trajectoire régulièrement ascendante qui se poursuit encore aujourd’hui.

Ce qui fait le succès de Vanrycke au démarrage, ce sont ces bijoux fins en argent, des médailles aux formes inédites, un joli message, une chaîne qui s’attache de façon inattendue, un mini pompon coloré en signature, des bijoux de peau faciles, gracieux, et accessibles, qu’on a envie de cumuler à l’infini.

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Lise me dit qu’elle a toujours été guidée par l’envie de faire des choses évidentes, efficaces, pratiques, confortables, avec lesquelles on vit tous les jours. Je crois que c’est ça qui a plu dans ses bijoux au départ, et je me souviens du succès de son cœur dessiné avec un fil d’or que toutes les filles portaient. Rien de particulièrement révolutionnaire, mais un esprit un chouïa différent, qui tient à un détail, une épaisseur de fil, une proportion, bref, le détail qui signe le charme des bijoux de Lise.

La marque a grandi, est passée de Lie Vanrycke à Vanrycke, qui claque plus net, de l’argent à l’or rose, du très bobo-est parisien au prestigieux périmètre de la place Vendôme et elle a entamé depuis environ 3 ans un virage vers le haut de gamme avec le micro pavage de diamants, dont le Styloïde, lancé en exclusivité chez Colette ce 15 septembre, est l’apothéose.

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Dans le trajet de la marque Vanrycke, on peut lire en filigrane l’histoire de Lise.

Le nom est celui de Stéphane, son mari, qui travaille avec elle au quotidien depuis toujours.

Ses créations sont les expressions de son sens inné de l’épure et d’un parfait équilibre, glanés chez ses maitres de l’art minimal, de Carl André qu’elle vénère en passant par Charlotte Perrian, Pina Bausch, Mies Van Der Rohe, ou le virtuose de la lumière James Turell. Quand elle m’a égrené tous ces grands noms du design, j’ai ouvert des yeux ronds, moi qui ne connaît vaguement que Mondrian (et uniquement grâce à la laque Studio Line de L’Oréal, accessoire capillaire incontournable de ma jeunesse…).

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Le Styloïde qu’elle lance aujourd’hui, à la frontière de la joaillerie et de l’horlogerie de luxe, est une sorte de voyage dans son passé, une mémoire du futur comme elle dit. Il reprend l’idée de son premier Styloïde, celui de ses débuts, et du souvenir de cette montre au bracelet métallique élastique, cadeau de son père à sa mère, et que celle ci portait toujours au poignet.

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Quand Lise a eu l’idée de faire évoluer son premier styloide vers un bracelet confortable, ergonomique et d’une parfaite élégance, elle a fait le lien entre les deux, et a travaillé dur pour trouver les solutions techniques qui rendent ce bracelet unique et incroyablement moderne.

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L’évolution de ses bijoux répond à l’évolution de ses envies, mais à l’intérieur d’un style exigeant auquel elle n’a jamais dérogé. Elle fonctionne à l’instinct, dessine tout le temps, surtout dans les cafés Parisiens, croque vite fait ses idées sur ses carnets de molkeskine, son « bottin à idées ».

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Et puis elle observe, tout le temps.

Elle regarde les gens, les jolies filles qui passent dans la rue, la grâce d’un mouvement. Elle regarde aussi la mode qu’elle passe au peigne fin, surtout Hedi Slimane et Isabel Marant dont elle admire particulièrement le travail.

Et puis quand vient le moment de concrétiser, elle s’enferme dans son bureau le soir, quand tout est calme, sort son papier millimétré, son pied à coulisse et son criterium Pentel, elle dessine le bijou avec une concentration maximum, au plus proche de la réalité, et au plus proche des contraintes de la production.

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Dans cette phase là elle ne rêve plus, elle anticipe, calcule, proportionne, comme elle dit, elle fait dans l’efficacité. Elle redevient sans doute, à ce moment, l’enfant appliquée qui se concentre sur sa copie, à qui l’on ne peut plus parler, et qui ne reprendra son souffle une fois le dessin totalement achevé.

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Parfait, prêt à produire, sans l’ombre d’un doute.

Elle me dit qu’au début elle faisait toutes ses cires elle-même, maintenant elle sous-traite, mais elle avoue avec fierté que son fournisseur l’adore, ses dessins sont tellement précis, qu’il n’y a pas beaucoup de retouches avant d’arriver au bon proto !

En l’écoutant, je mesure à quel point mes créations de bijoux tenaient du bricolage. Je faisais tout à la louche, et je réalise quand Lise me parle de son travail, que la joaillerie est avant tout un travail de précision, un travail où l’aléatoire est un diable.

D’ailleurs, pour tout ce qui touche à sa marque, Lise m’avoue qu’elle ne délègue rien, elle a cette phrase unique : « Je préfère faire moi même, sinon ça va m’énerver, je vais avoir des remontées acides !! ».

J’entrevois là une once de ce qui pourrait constituer le seul trait anguleux de sa personnalité : elle est absolument intransigeante. Du merchandising qu’elle dessine elle même, au lookbook du Styloide qu’elle a entièrement dirigé, et dont elle a fait toutes les photos, Lise est une directrice artistique complète. D’ailleurs pour ce post, elle n’a rien voulu me lâcher, aucun portrait non maitrisé, aucune photo à la sauvette, elle m’a envoyé les photos parfaites de ses criterieums Pentels, de ses cahiers et de la montre de sa maman qui lui a inspiré le Styloïde 2016.

Presque 16h par ce beau jour de canicule de Juillet, on était encore avec Lise à la terrasse de Da Rosa, à papoter alors que tout le monde était reparti bosser.

J’admire ce qu’elle a construit, sa constance, et ce paradoxe de légèreté et de détermination qui émane de sa gracieuse personne.

Je crois qu’on serait encore restées des heures à discuter de l’exigence de la création, de la concentration inouïe qu’elle s’impose pour dessiner un bijoux juste. Etat absolument similaire à ce que je vis (ou que je m’inflige, contrainte ou plaisir ? là est la question) pour l’écriture.

Mais la comparaison s’arrête là ! Lise a ri, m’a avoué qu’elle ne lisait jamais, qu’elle n’avait pas d’odorat, et que tout chez elle s’était concentré sur l’image, lui offrant ce sens de l’observation intense, scanner esthétique avec lequel elle décortique le monde.

Je l’ai quittée en louchant sur son Styloïde, trace de lumière magique sur son poignet, en faisant le vœux qu’elle m’en fasse un plus petit, plus accessible, un styloïde pour grande sauterelle fascinée par les coccinelles !

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4 réflexions sur “Derrière le sourire de Lise Vanrycke

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  2. Très très joli portrait, Sylvie, de cette créatrice qui, comme tu l’as si bien bien dit, était une des pionnières de cette nouvelle « race » de bijouterie. Tu m’as même donné envie de voir et peut être d’acheter ce styloïde …!

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