Agop Castany, Joaillier Rocker

imageT agop

Pour Noël, je me suis dit qu’il fallait que je vous présente un beau gosse.

Parce qu’un beau gosse c’est aussi un cadeau, n’est ce pas les filles ?

Sur le marché des bijoux, il y a un max de filles, voir de hit girls, qui se pavanent sur insta avec leurs robes de soirée dans les plus beaux lieux de Paris, London, L.A., ou New York.

Plus discrets, il y a aussi des mecs, des vrais, les mains calleuses, noircies à force de polir l’or à la fraise et au chalumeau, l’œil acéré sur les détails d’une soudure, la passion de leur métier d’artisan, et le franc parler du gars à qui on ne la raconte pas.

Dans cette catégorie-là, il y a mon vieux complice Agop Castany.

Plus Parisien que Lino Ventura dans les tontons flingueurs, plus Arménien que Charles Aznavour, plus rockeur que les 4 icônes testeronées de Led Zeppelin, plus grande gueule que Jean Hugues Anglade dans son rôle de flic-voyou dans Braquo, Agop est un personnage qui ne joue pas à faire son propre marketing.

Il est nature, brut de chez brut, et il se moque pas mal des starlettes du bijou qui n’ont jamais manié la pince et le laminoir. D’ailleurs, Agop a sa philosophie perso sur la notoriété: « Moi aussi je suis le plus connu de ma rue, et alors, ça me fait une belle jambe !».

Je l’ai rencontré il y a environ 10 ans. J’avais 2 diamants à faire monter, et une amie m’avait donné ses coordonnées en me disant que c’était le roi du bijou sur mesure. A l’époque, il avait son atelier rue Cadet dans le 9ème, face au grand Orient de France, atelier qu’il partageait avec son frère Nicolas qui est sertisseur. Ils bossaient tous les deux pour les grands de la place Vendôme, tout en faisant leur propre modèles pour une clientèle privée.

agop et nico

Je me rappelle que la visite à l’atelier des frères Castany, c’était toujours un peu folklo, et c’est ça qui m’a plu. Entre un client qui déboulait sans rendez vous, les coursiers qui venaient apporter des pierres, un pote qui passait pour boire un coup, Monsieur Castany père qui venait engueuler ses fils « des bons à rien, de mon temps c’était pas comme ça qu’on bossait… », sa fille toute petite qui arrivait de l’école avec son cartable sur le dos et qui lisait ses BD dans un coin, et les coups de gueule homériques d’Agop sur son apprenti ou n’importe quel quidam qui l’avait mis en pétard, j’avais toujours l’impression de débarquer dans la comedia dell’arte d’un artiste fou.

Et pourtant, au milieu de ce chaos apparent, il y avait toujours des trésors qui traînaient, une tanzanite sublimissime qui allait se transformer en bague, un solitaire en platine avec un diamant à la Liz Taylor, et les créations d’Agop, entre boucles d’oreilles piercing rocks d’avant garde (il y a 10 ans, il faisait déjà le principe de la B.O. devant et derrière le lobe de l’oreille, comme le sabre qu’il porte depuis toujours, style qui fait un carton aujourd’hui), et ses incroyables bagues aux constructions baroques.

sabre

Après cet épisode, quand j’ai eu ma propre marque de bijoux, j’ai continué à travailler avec Agop. Il me faisait des protos, mettait les bagues à taille, et réparait les bijoux cassés. Je me souviens de ce collier Lune qu’on a fait ensemble, « ta période Islam » comme il disait. Pas facile ce proto, une pièce d’argent qui s’encastrait dans une pièce d’or, un serti de diamants taille rose. Moi j’avais une idée super précise en tête, lui il a trouvé les solutions pour la réaliser.

Sa force, c’est qu’il connaît la palette complète des techniques de la joaillerie. Il fait tout lui-même, à part le serti qu’il confie à son frère, et ses mains sont de véritables virtuoses, il m’a rattrapé des bijoux cassés que je croyais complètement foutus.

Pour faire la comparaison avec la cuisine, c’est comme les restaurants qui affichent le « fait maison », par opposition à ceux qui assemblent des plats déjà préparés. Au final, ce n’est pas le même produit, c’est la différence entre un produit d’exception qui a été créé à partir de matières premières, et un produit semi industriel, qui va être décliné en série, et qui manque de goût… Et dans le bijou, croyez- moi, on voit la différence !

bagbaguettes

Je me rappelle que lui et son frère rigolaient du travail de mes indiens de Jaipur sur le sertissage des diamants taille rose ; « du travail de chaouch ça madame, on va te montrer ce que c’est qu’un vrai serti »… Pas de politiquement correct chez les frères Castany, on est plutôt dans le style parigo-trucullent ! Et puis il ne faut pas se le cacher, les artisans comme Agop sont menacés, la plupart des grandes marques externalisent leur production à l’étranger. Pas la peine de faire de l’économie de haute voltige pour comprendre que la rentabilité d’une marque dépend de ses coûts de production, c’est la spirale infernale qui étouffe l’artisanat français aujourd’hui. C’est aussi pour ça que je les défends, il faut savoir payer un peu plus cher un produit beau, unique, et qui durera une vie ! Ca ne m’empêche par de m’acheter des produits mode, mais il faut savoir diversifier, et reconnaître la valeur d’un savoir faire unique.

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Agop travaille aussi avec des antiquaires qui lui confient des bijoux anciens à restaurer, et il connaît parfaitement les techniques de joailleries artisanales des siècles passés. Il est autant capable de refaire à neuf un collier du 18ème que de créer un piercing de nombril pour Shakira, c’est dire !

bagrock

Agop vient de sortir quelques nouvelles pièces très singulières, entre travail sur des diamants baguettes, des bagues ouvertes avec des pierres uniques, des diamants montés à l’envers, des boucles d’oreilles ultra raffinées, et des bracelets d’hommes rock à tête de mort.

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Ses créations reflètent son éclectisme et son caractère bouillonnant. Il continue de restaurer des bijoux anciens, travaille pour de grandes marques, et je le conseille aussi vivement pour la restauration des beaux bijoux qui ont pris un coup.

BOs

Quand on va chez lui, il faut pas se dire qu’on va prendre le thé dans un salon ouaté de la place Vendôme, c’est plutôt la visite dans l’antre de l’alchimiste ! Agop travaille maintenant dans un atelier situé en sous-sol de la rue du Faubourg Montmartre, toujours le vieux quartier des joailliers auquel il est fidèle. On sonne à l’entrée, on entend sa voix tonitruante qui crie « c’est qui ? » et la on découvre son atelier, ses batteries, et quelques vestiges de la déco de sa dernière fête, parce que question King de la Nuit, Agop se pose là.

J’en veux pour preuve sa dernière folie, des derbies pavées de strass multicolores, une vrai concurrence à ses plus belles pièces, et à son image, rock, déjantée, et totalement irrésistible !!

chaussures

Comme dirait une de mes copines dont je tairai le nom, Agop, c’est du lourd !!

Agop Castany,  sur rv : 01 45 23 12 17

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14 réflexions sur “Agop Castany, Joaillier Rocker

  1. Beau portrait de ce personnage que tu m’avais fait rencontrer en tant que « professeur  » !
    Un excellent pédagogue qui a un milliard de choses à transmettre , mais qui pour mon malheur est bien loin de Marseille !!!!
    Merci Sylvie !

  2. Super Article ! merci !
    On y est en imagination, et on rêve d’y aller en vrai !
    Photos sublimes, pièces sublimes !
    Effectivement, je maintiens, Agop c’est du lourd !
    et cet article aussi !

  3. Un superbe article qui représente parfaitement la complexité d’une passion avec la diversité de ses creations tout comme une vie gravé dans le plus beau des métaux et a la recherche perpétuel de la pierre qui donnera tout sa force a un bijou exceptionnel

  4. Très belle biographie de mon potto depuis près de 30 ans, tout y est dit, beau résultat d’un apprentissage à la dure.
    J’ais encore ma première BO faite par son oncle, j’avais 20 ans.

  5. Quelle verve !!! J aimerai avoir ce talent pour parler d agop mais entre nous un regard suffit …Cette sensation vous aussi vous la ressentirez en voyant ces créations : amour passion authenticité …. sa vie à elle seule est une création. …un personnage unique qui mérite d etre connu….

  6. Bravo Agop pour ton site, ça réveille un maximum!! il faudrait que je réchappe le mien !!!!
    Gros bisous et a bientôt,
    Cécile
    PS: ou as tu trouvé tes pompes? Je veux les même avec des talons!!!!! 🙂

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