Backstage

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Derrière toute réalisation artistique, il y a le backstage, les coulisses, l’envers du décor.

On-stage, on admire la perfection, la beauté, l’éclat, la légèreté. Backstage, on lève le voile sur les ressorts de la création, le travail quotidien et les vicissitudes de la vie de l’artiste. Loin de casser le rêve, la découverte du backstage alimente le fantasme autour du créateur ou de l’artiste, il nourrit une vision idéalisée de la personne, et donne plus de valeur à son travail obsessionnellement en quête de perfection.

Selim Mouzannar 6J’ai personnellement toujours été fascinée par l’ascétisme des danseuses classiques, ressort du film Black Swan, concentré de travail acharné, de douleurs multiples et de jalousies mortelles. Les déclarations récentes de Marie Agnès Gillot, danseuse étoile à l’opéra de Paris, qui racontait avoir compensé une double scoliose par la force de sa volonté pour tenir son squelette à raison de 5 heures par jour d’échauffement, et de 3 heures de répétition d’un même mouvement, ne cassent pas le rêve, mais alimentent le mythe d’une personne hors du commun.

Dans un autre domaine, je suis absolument bluffée par la concentration hors normes dont fait preuve mon ami Jean Christophe Grangé, écrivain de thrillers à succès. Il écrit à raison de 9 heures tous les jours, réparties par tranches de trois heures entrecoupées de courts repos, et dont la première tranche commence… à 4 heures du matin. Ses livres sont de véritables « pages turner », je les engloutis en 2 jours maximum alors qu’il met plusieurs mois à les écrire à son rythme soutenu auquel il ne déroge jamais, même pendant les vacances.

Et je ne parle pas de Guillaume Canet, notre grand acteur-réalisateur national, qui cumule tant de succès pour son jeune age qu’on a l’illusion que les fées lui ont offert le don de la facilité. En réalité, je l’ai entendu dire dans une interview qu’il travaillait tellement pendant un tournage qu’il en perdait le boire et le manger, et qu’il finissait invariablement avec 8 kilos en moins, ce qui ne fait pas lourd compte tenu de sa morphologie.

Derrière la grâce de la danseuse, la complexité haletante du thriller, la force captivante d’un film, il y a des années de répétition à l’infini des mêmes gestes ou mécanismes de pensée, une discipline qui construit l’expertise, et finalement une vie qui se confond avec son art.

Et derrière un bijou sublime, il y a d’abord le souffle de la création, puis des heures patientes de travail sur la réalisation du prototype, la fabrication de pièces par la technique millénaire de la fonte à cire perdue, la recherche des pierres d’exception adaptées au modèle, l’assemblage, le sertissage, le polissage par des artisans minutieux.

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La semaine du dernière, j’ai eu la chance de visiter le backstage du joaillier Selim Mouzannar à Beyrouth. Atelier nickel, hyper moderne et super organisé, ambiance studieuse, on sent que rien n’est laissé au hasard pour que le résultat soit aussi brillant que le rêve.

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Quand on sort de l’atelier, on se retrouve dans le charmant quartier d’Achrafieh, dans lequel les maisons anciennes aux ouvertures en ogives jouxtent des jardins abandonnés aux plantes vivaces et des buildings ultra modernes.

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La boutique de Selim Mouzannar est à 2 pas, et on passe directement du backstage aux feux de la rampe. Les bijoux que l’on vient de voir en pièces détachées entre des mains expertes sont là, éclatants et magnétiques dans un écrin au design épuré, déclenchant chez nous ( les filles…) cette fébrilité incontrôlable qui s’empare d’Aladdin qui entre dans le jardin merveilleux chargé de pierres précieuses.

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Mais ce qui m’a le plus marqué dans ce backstage, en dehors du professionnalisme de l’atelier et des dessous de la fabrication, c’est l’empreinte de cette ville sur la création. Beyrouth ne ressemble à aucune capitale de ma connaissance. Est–ce sa situation millénaire aux confins de l’orient et de l’occident, sa violente histoire récente, cet incroyable mélange des cultures qui l’habitent, le paradoxe de sa vitalité et des tensions multiples qui la menacent, mais cette ville vibre d’énergie, elle est habitée d’une joie de vivre et d’une intensité communicative.

Beyrouth créé cette tension entre le sentiment de vulnérabilité de la vie et le désir d’en jouir à tous les instants.

N’est-ce pas justement de cette tension que nait l’irrépressible besoin de créer ?

Merci à Selim Mouzannar pour cet inoubliable visite de son backstage à Beyrouth !

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2 réflexions sur “Backstage

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