Brooke Gregson, Une californienne à Notting Hill

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Cela faisait longtemps que je voulais rencontrer Brooke Gregson, depuis que je porte une de ses merveilleuses médailles « Astrology », qui est une histoire à elle toute seule, mais ça c‘est pour une autre fois.

Quand je suis passée à la boutique White Bird en février pour présenter mon blog à Stéphanie Roger, la fondatrice de ce haut lieu de la bijouterie trendy de Paris, elle m’a tout de suite proposé de me faire rencontrer Brooke à l’occasion du Trunk show qu’elle organisait autour d’elle fin mars. Banco la date était prise, et je suis arrivée ce jeudi rue du Mont Thabor alors que la fête battait son plein.

Un Trunk show, contrairement à ce que je m’étais imaginée avec mon anglais niveau CM1, ce n’est pas le déplacement de la créatrice dans un petit camion avec ses produits (une fois checké dans le dico, « truck » et « trunk » pas pareil…), c’est une journée Malles ouvertes (!!) organisée dans une boutique ou un hôtel prestigieux, au cours de laquelle la créatrice vient présenter elle même sa nouvelle collection à une clientèle choisie.

Il y avait déjà du Monde chez White Bird, mais j’ai tout de suite reconnu Brooke en entrant, non pas parce que j’avais vu des photos (c’est une grande timide et elle se planque à moitié sur la photo de son site) mais par le rayonnement qui émane d’elle.

Elle a beau habiter Londres depuis plusieurs années, et se dire adoptée par la vieille Europe, elle a le cheveu blond ensoleillé, l’œil bleu turquoise et le sourire étincelant de sa Californie natale. 

En hôtesse chaleureuse qu’elle est, Stéphanie nous a installées dans le charmant petit salon de la boutique, et nous avons commencé notre discussion avec Brooke.

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Je me présente et lui explique ce que j’ai fait avant, je lui dis que moi aussi que j’ai géré une marque mais qu’aujourd’hui j’ai donné la priorité à l’écriture et à mon blog, pour cause de syndrome de « solitude » de la créatrice de bijoux. Elle me regarde et me dit :

« Mais oui, c’est tellement vrai, tout le monde croit que je fais un métier de rêve hyper glamour, mais en fait pendant de longues années, bonjour la galère ! »

 On éclate de rire, le coup et parti pour une discussion entre copines.

On a commencé par le début, quand elle débarque à Londres à 20 ans de sa Californie natale pour faire la prestigieuse Chelsea School of Art.

La jeune américaine est littéralement fascinée par l’histoire de l’art, le courant préraphaélites et l’école de Vienne fondatrice des bijoux art nouveau, elle me raconte qu’elle se sent chez elle à Londres. Mais en même temps les cours sont beaucoup trop académiques, elle s’ennuie, elle a besoin de faire quelque chose avec ses mains :

« J’avais besoin de dessiner, c’était compulsif ! »

De son récit j’ai l’impression que la vie de Booke est faite d’opportunités et de rencontres, c’est peut-être de là que lui vient sa passion pour l’astrologie, elle est guidée par une bonne étoile. C’est en prenant un cours d’été de design textile qu’une prof la repère et l’encourage à travailler dans cette voie. De petits boulots en stages, elle trouve un job, vend sa voiture à LA, et s’installe à Londres.

Mais, là aussi, un instinct lui souffle que ce n’est pas exactement sa place, toujours ce besoin irrépressible de fabriquer elle-même, d’être en prise avec de la matière, des fils et des pierres. Elle mime le geste avec ses deux mains :

« Je passais mon temps à enfiler des perles, à bricoler avec mes pinces, à souder du métal , à faire mes petits bijoux, c’était mon hobby. »

C’est plus fort qu’elle, elle se sent rattrapée par les bijoux, et ce n’est pas un hasard.

J’ai lu dans un blog américain que son père était un grand collectionneur de bijoux anciens, avec une prédilection particulière pour la période art déco. Je lui demande de m’en dire plus là-dessus, car je sens que son attirance profonde pour les bijoux vient de là.  Ses yeux brillent, je vois que j’ai touché juste, la passion de Brooke est une passion familiale.

 « Mon père était un collectionneur extrêmement exigeant, il avait des pièces exceptionnelles, et il m’en a donné quand j’étais beaucoup trop jeune pour les apprécier ! D’ailleurs à ma grande honte j’en ai perdu deux … quel gâchis, je me suis promis de ne pas offrir de beaux bijoux à mes filles avant leur 20 ans ! »

Mais au-delà des trésors, son père lui lègue le virus des bijoux, et un œil particulièrement exigeant sur le travail de la joaillerie traditionnelle.

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Elle a gardé dans sa cassette 2 pièces qui lui servent aujourd’hui encore de référence dans son travail de créatrice :

« Quand je fais mes bijoux, je pense toujours à ces pièces, et en particulier à cette bague art déco. Elles représentent pour moi un standard de qualité, un grand niveau d’exigence ».

Brooke m’explique avec beaucoup de franchise qu’elle n’est pas venue au métier de créatrice de bijoux, c’est le métier qui est venu à elle :

« J’étais un peu naïve, à l’époque, pas une seule fois je me suis dit que j’allais devenir créatrice ! C’est venu step-by-step. J’aime bien faire les choses dans un mouvement naturel, je n’ai jamais eu de business plan, mon plan à moi, c’est d’avancer avec instinct, passion, presque de façon organique ».

C’est en 2003 qu’elle lance sa première ligne Astrology, qui rencontre un réel succès.

Après avoir fait ses début à LA, elle retourne à Londres ou l’inspiration est plus forte, car elle puise dans le savoir faire des joailliers artisans traditionnels.

Elle me parle de « craftmanship », mot que je répète 3 fois avant d’acquérir une prononciation acceptable (…), et qui est visiblement à la base de son travail.

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Je comprends que ce courant, hérité de ce fameux atelier viennois du début du 20ème siècle, est une véritable philosophie pour Brooke.

Cela se traduit concrètement par un retour aux techniques de sertissage traditionnelles pour mieux les revisiter, une attirance pour les pierres  à effet tridimensionnels, comme l’opale, la chrysophase ou la labradorite, son envie pour les couleurs d’aquarelles et les effets de matières, et surtout, sa conception d’un travail de la pièce unique.

Notre conversation est interrompue par deux clientes adoratrices de Brooke.

« We are addict !! », nous dit Martine en nous tendant ses deux poignets couverts de bracelets au pierres multicolores. Et pourtant Martine est la propriétaire de la boutique Apriati (sublimissime marque grecque de bijoux) rue Dufour, c’est dire si elle aime les bijoux de Brooke !

Après moult échanges de compliments et d’éclats de rires sur nos folies bijoutières, nous reprenons notre discussion.

Aujourd’hui, sa marque a pris de l’ampleur, Brooke n’est plus toute seule, elle s’est constituée une équipe solide autour d’elle, en qui elle a confiance.

Ce qui me frappe, c’est que cette fille donne de sa personne, elle n’hésite pas à passer une journée à Paris, et à repartir la semaine suivante pour se faire 12 heures d’avion et représenter sa marque au prestigieux Four Season de Hawai. Et tout ça avec une famille, car même si elle est super discrète la dessus, j’ai bien compris qu’elle n’était pas du tout la froide business woman, mais qu’il y avait une grande place dans sa vie pour mari, enfants et amis.

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Elle me parle de son ravissant showroom de Notting Hill, qui est un peu son chez elle, son lieu à son image, mi privé-mi ouvert, pour bien recevoir ses clientes, avec attention. Elle est à l’inverse de la distribution de masse, les grands magasins ne sont pas pour elle, ce qu’elle aime, c’est créer une relation personnelle avec ses clientes. C’est aussi pour ça qu’elle est bien chez White Bird et que ça marche, elle se sent en phase avec Stéphanie.

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Elle me montre un pendentif ajouré autour d’une opale très inspirée de l’art nouveau, m’explique que le serti particulier d’une de ses bagues dicte la texture de la pièce, me raconte son dernier coup de foudre pour une pierre extraordinaire qu’elle vient de découvrir à Tucson, et des minutieux essais de tissage qu’elle est en train de faire en ce moment.

Quand je demande à Brooke si je peux la prendre en photo, elle se prête au jeu de bonne grace, tout en s’excusant de ses traits tirés.

« J’ai fait un peu la fête hier, le vin français… »

A qui le dit-elle !

On échange nos cartes en se promettant de se revoir chez elle à Notting Hill, une cliente l’accapare, elle lui répond avec son grand sourire.

Cette fille ne s’arrête jamais, ce doit être ça le moteur de sa réussite, le mouvement !

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5 thoughts on “Brooke Gregson, Une californienne à Notting Hill

  1. Inspiration art déco, délicatesse, poésie, effets de matières, tout ce qu’on aime !
    La sélection est irrésistible !
    Justement rien à faire au dèj demain, je vais faire un tour chez White Bird.
    Juste pour voir.
    Et peut être essayer.
    On ne sait jamais.

  2. Bravo Sylvie pour ce joli portrait très complet et très vivant. J’étais ravie de faire votre connaissance, c’est toujours merveilleux de rencontrer des gens qui ont la même passion que soi. J’espère avoir le plaisir de vous revoir bientôt…
    Bien amicalement,
    martine

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