La tourmaline selon Selim

La semaine dernière, c’était Fashion Week.

Contrairement à ce qui se passe chaque saison, il n’y a pas eu de retrouvailles glamour-cosy avec Selim Mouzannar à l’hôtel Daniel dans le 8ème arrondissement de Paris, pas d’habits de lumière, pas de macarons pour le thé, pas de coupe de champagne pour l’apéro, et pas de poirier de Selim…  juste des têtes masquées sur Zoom.

Selim avec sa team dans sa maison de Beyrouth transformée en studio- showroom pour l’occasion, moi à Paris et Alexis à New York en charentaises dans nos salons respectifs et nos clients et journalistes préférés là où ils sont le plus souvent ces derniers temps, c’est-à-dire chez eux.

Ça a donné un joyeux cafouillage, entre envolées lyriques de Selim qui racontait son Beyrouth en crise, coupures du wifi, défilé du lookbook SS21 sur l’écran au pas de charge, et essayages rocambolesques des bijoux par Patricia et Marie sous leur masque et à la lumière du jour reconstituée par un projecteur digne d’un plateau TV.

Malgré les chausses trappes de la technique et d’internet, on a tous été  ravis de se revoir, même sur un écran, parce que en ces temps troublés, ce qui compte le plus finalement, c’est de garder le lien, de se parler, et surtout de rire ! Parce que pour nous tous qui partageons cette même passion, continuer à créer de beaux bijoux, c’est donner de l’énergie, de la gaité, et de l’optimisme, un peu comme le coup de pied de Selim aux Bad Vibes !

La collection Printemps-Eté 2021 de Selim Mouzannar nous transporte dans les mille et une couleurs des tourmalines, une pierre qu’il aime depuis toujours pour sa diversité.

Quand je l’ai interviewé fin septembre pour savoir d’où lui vient ce coup de cœur pour cette pierre, il m’a répondu :

« Chérrrie, le coup de cœur, je l’ai eu il y a 30 ans ! Les tourmalines, je les aime depuis toujours !!!  »

Alors j’ai insisté pour savoir pourquoi il les a choisies justement pour cette collection, et je suis partie dans une épopée qui a commencé par cette déclaration enflammée :

« Parce que cette pierre, c’est la supériorité absolue !  C’est la richesse !  C’est la diversité ! C’est la lumière ! C’est les mille couleurs ! C’est le bleu lagon inouï de la Paraiba ! C’est le rouge flamboyant de la rubellite ! C’est le bleu indigo de l’indigolite ! C’est la fraicheur limpide de la mint  ! C’est le rose cerné de vert de la water melon ! C’est … »

Impossible de l’arrêter, la suite s’est enchainée : Tura mali, tourmaline en singhalais, la langue du Sri Lanka où fut redécouverte cette pierre au début du 18ème siècle par un marchand hollandais qui la ramena dans sa poche car il avait remarqué qu’elle avait la propriété d’aimanter les poussières, les petits papiers, mais surtout, les cendres de sa pipe… 

Alors la tourmaline, une pierre magique ? Oui m’a expliqué Selim, c’est une pierre extraordinaire, parce qu’elle est douée d’une propriété pyroélectrique, c’est ça qui fascine depuis toujours. Dans l’antiquité, les anciens invoquaient ce gemme pour se protéger des démons qui envahissaient la terre. Un talisman protecteur qui éloigne les mauvaises ondes, autant dire qu’aujourd’hui, on en a besoin, non ?

Éclat de rire de Selim.

Parce que depuis Octobre 2019, presque un an maintenant, le Liban est au cœur d’un interminable cyclone. Une crise politique, suivie d’une crise économique, suivie d’une crise sanitaire, suivie de l’effroyable explosion dans le port de Beyrouth le 4 aout dernier. Alors quand il a vu ce lot de tourmalines aux teintes pastels fabuleuses, Selim a plongé dans cet arc en ciel de plénitude, et il a raflé l’intégralité de ce lot d’exception !

Les tourmalines de l’été 2021 sont vert menthe, vert chrome, rose fushia, jaune jonquille, pêche nude, elles évoquent un bouquet de fleurs fraichement coupée, la féminité gracieuse, le renouveau des beaux jours, la douce lumière de l’espoir, et surtout, la paix.  Et puis ce qui amuse beaucoup Selim, c’est que la tourmaline trompe son monde. Confondue avec d’autres pierres, comme le célèbre Timur Rubis de la couronne britannique qui était en réalité une rubellite, la tourmaline aux milles couleurs a souvent été prise pour une autre et il a fallu attendre le 18ème siècle pour qu’on lui attribue définitivement son identité : un cristal translucide composé de silicates dont la couleur a été influencée par son environnement granitique.

Mais finalement, ce qui fascine avant tout l’œil aiguisé de Selim, c’est le monde intérieur de la tourmaline. Composée de baguettes constituées en réseaux, les cristaux dichroïques qui forment la tourmaline changent de couleur en fonction de la polarisation qui les traversent.

Une tourmaline peut renvoyer deux éclats de couleurs différentes en fonction de la lumière qu’elle reçoit, et cette propriété en fait sa plus belle symbolique.

Parce que rose ou verte, la couleur de la tourmaline est avant tout celle de l’espoir, ce qui créé un lien indéfectible avec l’optimisme légendaire de Selim Mouzannar.

Photos réalisées à Beyrouth par Jean-Pierre Tarabay sous la direction de Ranwa Mouzannar avec Lena et Isabella

Macro photo d’une tourmaline water-melon entourée de tanzanites de la collection privée de Selim Mouzannar

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4 réflexions sur “La tourmaline selon Selim

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