Le Monde des Saphirs

le monde des saphirs Ceylan

Je vous l’ai déjà dit mais je vais repasser une couche : Ceylan est une île paradisiaque.

Pays béni des dieux, ile préservée, ses habitants semblent restés à l’age d’une éternelle enfance, ils sont absolument naturels de gentillesse, pas du tout agressifs ni méfiants, et ils affichent leur accueillante sérénité avec un sourire d’une blancheur éclatante, qui tranche avec le velouté caramel de leur peau.

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Bien sûr je ne suis pas dupe, il y a de la pauvreté et des problèmes sur cette Ile, mais la culture Bouddhiste majoritaire assure une sorte de bienveillance généralisée qui rend tout plus agréable dans l’instant présent. Ça y est, j’entends déjà les commentaires, on va me taxer de discrimination religieuse, ce qui ne serait pas totalement faux. Ceylan a en commun avec la Birmanie que j’ai aussi connue la pratique assidue du dieu Bouddha, et ces deux pays m’ont laissé cette impression durable de vivre dans un bonheur terrestre savamment cultivé… que d’autres cultures n’ont pas.

Ceylan est une sorte de jardin d’Eden, où l’on trouve tout en profusion, des arbres immenses aux fleurs multicolores, le thé sacré par les anglais et cultivé par les tamouls, toutes les épices de la terre, les fruits les plus délicieusement sucrés, des légumes au goûts subtils, les animaux de l’arche de Noé, ou presque, des ciels flamboyants, et surtout, surtout, des saphirs.

saphir pierre précieuse saphir1

Pascal Algier s’est installé à Ceylan avec sa femme Marie il y a plus de 20 ans.

Ça peut paraître une évidence de faire ça quand on est joaillier fabricant de père en fils, qu’on a la vie devant soi, et qu’on a la passion des pierres. Mais en réalité, partir dans un pays tropical à 10000 kms, perdu dans l’océan Indien, à l’époque en pleine guerre civile (les tamouls, minorité originaire du sud de l’Inde, exigeaient leur indépendance aux cinghalais bouddhistes, et réclamaient la zone nord-est de l’Ile), pour atterrir dans une communauté française d’à peine deux cents âmes, moi je dis chapeau, par ce que là c’est plus du tourisme, c’est l’aventure, la vraie.

Pascal Algier Ceylan Ceylan paradis pierres precieuses

Personnellement j’ai été expat 3 ans de ma vie à 500 km de Paris, en Hollande, et j’ai failli sombrer dans une mélancolie gravissime, parce que j’avais perdu mes repères de parisienne … il n’y avait même pas de Zara à La Haye.

Alors le Sri Lanka, en pleine guerre, avec des checks points sensibles dans Colombo, avec des enfants en bas âge à élever, des sangsues qui vous pompent le sang dès la moindre sortie en claquette sur une pelouse, l’eau frelatée et les risques d’amibes embusquées dans chaque plat, je crois qu’en bonne chochotte parisienne, je n’aurais pas survécu à ce quotidien là… Sans parler de l’overdose de curry, (Marie m’explique que 10 jours de curry poulet-crevettes c’est super exotique, mais 365 j/365 c’est lassant pour les papilles), l’absence totale de Saint Nectaire, bleu d’Auvergne, et charcuterie, et on ne parle pas de la viande rouge qui arrive frelatée d’Australie pour cause de chaîne du froid dangereusement rompue.

Pascal a fait un an à l’essai comme il dit, et il a été pris par le charme de l’île, une forme de dolce vita faite de belles maisons coloniales, d’espaces immenses, de paysages somptueux, et de pierres précieuses qui poussent sous vos pas comme les cailloux du petit poucet. Comme tous les fous de pierres, Pascal a les yeux qui brillent quand il me parle de son métier.

« Ici, il suffit de se baisser pour trouver des pierres, il y en a partout, le sol regorge de gemmes ! » Et comme pour me prouver cette profusion euphorisante, il se dirige vers son coffre aux trésors, d’où il sort une boite remplie d’une multitude de petits papiers de pierres.

saphirvertsapin 2  saphir rose orangé Padparadja

Ceylan est surtout célèbre pour ses saphirs aux bleus profonds, mais ce dernier jour de mon voyage, dans le bureau baigné de lumière de Pascal situé dans un charmant quartier de Colombo, j’ai découvert l’incroyable palette de couleurs de cette pierre aux reflets cristallins.

Quand Pascal a ouvert ses petits papiers, je suis tombée en arrêt, chaque pierre est un monde à elle toute seule : le plus rare, le saphir rose orangé Padparadja à l’éclat somptueux du lever du soleil sur l’Adams Peak, le vert sapin profond des forêts d’Hévéa et d’Eucalyptus d’Horton Plains, le miel ambré du sirop de palme, le rose fushia des orchidées de Kandy, et le jaune pâle, doux et lumineux, mon préféré, celui du soleil qui darde ses premiers rayons sur l’océan Indien.

Au-delà du prince Saphir, on trouve aussi dans ce sol généreux des grenats, des pierres de lunes, des spinelles, des améthystes, des péridots, des aigue-marines au bleu glaciaire éclatant, bref, un arc en ciel des trésors de la terre. Le rubis sang de pigeon, le cousin corindon rouge du saphir, est plus rare et réservé à la Birmanie voisine, de l’autre coté du golf du Bengale.

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Le quotidien de Pascal a deux facettes : son réseau de fournisseurs locaux, et son réseau de clients internationaux.

Sur place, il a tissé un relationnel solide avec ses fournisseurs, des Cinghalais majoritairement musulmans, dans le métier de père en fils, qui possèdent les mines, et qui le fournissent en pierres déjà taillées. Il se déplace, sillonne l’île, descend dans les mines qui sont exploitées à main d’homme, comme il y a plusieurs siècles, examine les pieds dans l’eau les pierres fraîchement extraites de la terre boueuse, achète des lots déjà taillés, ce qui lui permet d’avoir une bonne lecture de la qualité de la pierre.

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Je comprends que c’est cette partie là du travail qui le fait vibrer depuis 20 ans, sans que la fièvre de cette chasse au trésor ne faiblisse jamais.

« Ce travail, c’est un rêve de gosse », et Marie me confirme le soir même que la passion des pierres est un virus qui n’a jamais lâché Pascal.

Je pense d’ailleurs qu’on n’en guérit jamais ! Je me surprends moi-même, quand je découvre des pierres, je suis envahie par cette fébrilité incontrôlable, une sorte d’accélération du métabolisme qui n’est pas loin du sentiment amoureux, si si, vraiment !!

Et j’ai souvent vu cette lueur de convoitise dans les yeux de bien des créateurs quand ils examinent une pierre, la lueur qui mieux qu’une parole, fait comprendre au vendeur qu’il a déjà gagné la partie !

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Mais Pascal est un vrai pro, il sait parfaitement reconnaître une pierre de grande qualité d’une pierre moyenne, il n’est pas diplômé de l’institut de gemmologie pour rien, et puis au bout de 20 ans, son œil est infaillible.

Au-delà de son expertise, il sait exactement, quand il voit un lot de pierres, à qui il va potentiellement le vendre, et c’est ça sa force, la clé de son métier. Il connaît par cœur les goûts des Chinois, son plus gros marché en volume, des Japonais, des Russes, des Américains, et bien sur, des grands de la place Vendôme, qu’il fournit en pièces rares, du véritable sur mesure.

Bien sûr il a du stock, mais finalement pas tant que ça, car le flux de production a aujourd’hui du mal à assurer la demande exponentielle des pays émergents et en particulier de la Chine. Il ne me cache pas qu’un gros acheteur chinois qui arrive 5 jours au Sri Lanka peut lui faire capoter plusieurs deals.

« Ils vont à la source, ramassent tout ce qu’il y a de mieux, et nous cassent le marché. Dans ces cas là je reste chez moi ! ».

Mais le marché reste très favorable, il avoue ne pas se plaindre, finalement avec ses pierres de très grande qualité, le SriLanka gère parfois la pénurie, mais répond à un marché mondial de la joaillerie en pleine expansion, et aux goûts multiples.

Et puis, grâce à ce savant équilibre entre des marchés à fort volumes, et une demande sur mesure de pièces d’exception, il a opéré une diversification salutaire, qui lui permet de bien équilibrer ses flux d’offre et de demande.

Je suis sortie de son bureau avec le coup de foudre absolu pour un sublime saphir jaune pâle de 9 carats, et pour le rose orangé d’un saphir ovale presque Padparadja, et le fantasme d’en posséder un, un jour, qui sait ?

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Pascal et Marie m’ont invitée le soir à prendre un verre sur la terrasse du Kingsbury, avec Shahnas, une créatrice de bijoux égyptienne, cliente de Pascal et de passage comme moi.

On a siroté un Mojito sans alcool (1er de l’an Cingalais oblige, les règles du gouvernement sont implacables dans ce domaine) et on s’est régalées de leurs histoires d’expatriés du bout du monde, et d’un sublime coucher de soleil sur le port de Colombo.

Leur vie singulière de Parisiens réimplantés dans ce pays exotique et merveilleux m’a fait regretter la linéarité de ma propre vie, j’ai beaucoup ri de leurs mésaventures locales tout en admirant leur ténacité et leur sens de l’organisation.

Et je me suis dit, comme toujours, que les voyages apportent ce cadeau inestimable des rencontres, qui nous renvoient l’éclat d’autres vies que la notre, et par ricochet, rendent aussi plus perceptible le confort de notre propre vie. Je suis rentrée à Paris avec l’envie irrépressible d’un bon steak frites, mais aussi, avec la nostalgie de l’aventure, de la jungle, des couchers de soleils bleus-orangers, des saphirs et du poulet au curry.

 

Mille mercis à Marie pour ses photos somptueuses du lever de soleil sur l‘Adams Peak. Elle l’avait fait 10 jours avant et a eu plus de chance que moi coté météo. Moi j’ai gravi en pleine nuit, comme il se doit, les 4500 marches des 1000 m de dénivelés de la fameuse montagne sacrée pour me retrouver… dans les nuages à 6 heures du mat !! Une excellente raison pour retourner au Sri Lanka !!

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3 thoughts on “Le Monde des Saphirs

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