Le Re-birth Spirit selon Diane

Un matin d’octobre, j’écoute la petite voix qui me susurre qu’il faut reprendre Les Précieuses. J’ai passé l’été à écrire sur un tout autre sujet, j’ai délaissé mon blog, il est là et attend qu’un ou une nouvelle invité.e vienne me raconter ce qui se cache derrière sa passion créative.

Parce que c’est ça qui m’intéresse, découvrir ce qui se trame derrière le besoin irrépressible de faire un bijou, d’écrire un livre, d’inventer une nouvelle gastronomie, de peindre le monde, d’imaginer un parfum, ce petit feu qui vous fait avancer comme un moteur mystérieux, qui donne envie de se jeter dans le vide pour le remplir de mots, de formes, de couleurs, de textures ou d’effluves, de donner un sens à cet élan pour transformer le vide en objet de désir et d’émotion.

Mon travail de l’été m’a détourné de mes fondamentaux, je souffre d’une sorte de baby-blues, la mode, les bijoux et le luxe me laissent de marbre, comme des fanfreluches accumulées après une pulsion d’achat frénétique et vaine.

Je cherche une personne qui me fasse rêver, je n’arrive décidément pas à utiliser ce blog comme une bannière publicitaire, je préfère raconter des histoires.

C’est alors que je repense à Diane.

Je l’avais croisée il y a quelques années chez Hod, la si jolie boutique de bijoux que Valérie Hajage avait ouvert rue Vieille du Temple.

Pionnière dans ce domaine et découvreuse de la créatrice de bijoux californienne Jacquie Aiche, Valérie m’avait accueillie lors d’un trunkshow consacré à la créatrice, j’en avais profité pour interviewer Jacquie, entre gourou charismatique new-age et successfull business women. Diane était là pour assister ses deux amies, littéralement couverte des bijoux de Jacquie. Elle était à l’époque à la tête de la marque de mode April May, j’avais trouvé cette ravissante blonde incroyablement californienne, avec tous les « clichés » que cet adjectif exotique trimballe pour la parisienne de base que je suis.

Diane a la pétillante spontanéité et la familiarité chaleureuse des filles de la côte ouest des Etats-Unis, ses yeux bleu-turquoise et sa blondeur sauvage irradient le soleil de Venice Beach, et son look hippie-chic savamment élaboré à base de blouses indiennes multicolores et d’accumulation de bijoux m’avait bluffée.

Et pourtant, Diane est plus parisienne que moi, autant que cela soit possible, mais ça je ne le savais pas encore.

C’est en interviewant Marie Lichtenberg, en juin dernier que le nom de Diane est revenu à la surface ; elle est une des meilleures amies de Marie, elle partage avec elle la passion des voyages, un style unique intemporel, et une vision créative qui prend volontiers la tangente des dictats de l’industrie de la mode moderne dont la frénésie commerciale lamine toute aspérité.

Diane a créé depuis deux ans la marque monoki, des kimonos brodés, des blouses, des sacs et des bijoux, un monde coloré, bohème et un tantinet mystique qui lui ressemble.

Je prends mon téléphone et lui envoie un message sur Insta. Elle me donne son numéro dans la foulée, je l’appelle.

On se connaît à peine, mais sa voix rieuse enchaine très vite sur une succession d’onomatopées enthousiastes, oui bien sûr une interview, elle adore parler d’elle, elle me fait un rapide résumé de son parcours, son enfance dans le 16ème, ses classes à Jean Baptiste Say (tu parles d’une californienne !). On parle de Jacquie, de Valérie, de Marie, cette fille a l’amitié foisonnante et fidèle, elle me raconte aussi sa mère, son mari, ses deux garçons qui l’ont fait revenir à Paris, elle me raconte son frère « il faut que tu le rencontres, il est incroyable, c’est lui la tête de la famille !! ». On rigole, elle s’excuse d’être si bavarde, le rendez vous est pris, cette fille est décidément un concentrée d’énergie solaire, y compris au téléphone.

Le paradoxe de Diane commence par la rue où elle habite, une rue aux immeubles cossus du 16eme nord qui jouxte la porte Dauphine, alors que je la voyais tankée dans la branchitude bobo du haut marais. Je suis avec ma photographe Sarah, l’ascenseur nous monte au dernier étage sous les toits, la porte s’ouvre sur une Diane rayonnante, chamarrée, pieds nus manucurés et bijoutés, elle nous claque une bise généreuse, nous installe dans son salon et disparait pour nous chercher un verre d’eau.

Je contemple avec curiosité son antre de modeuse, l’enfilade des trois pièces entrée-salon-salle à manger ont été transformées en showroom-bureau-atelier, les kimonos et les portants de vêtements aux tissus multicolores ont colonisés l’entrée, la salle à manger est un atelier de fabrication de bijoux envahi de bougies, perles, cordons, pinces et accessoires. Nous nous installons dans son salon baigné de lumière où flotte une agréable odeur de jasmin ou d’encens qui me rappelle les temples indiens.

Il est évident que la vie et les créations de Diane ne font qu’un, elle revient, nous sert notre verre d’eau et confirme : elle adore travailler chez elle, tant pis pour sa salle à manger, elle déteste recevoir, elle préfère enfiler des perles. Et puis elle est là pour ses garçons et comme pour confirmer, un grand ado blond rentre dans le salon pour lui demander un truc, elle nous le présente c’est son ainé, elle règle le truc, mais son portable émet un tube de Bob Marley, elle expédie une copine, c’est bon on peut commencer.

Elle s’assied en tailleur par terre en face de moi ce qui me donne l’impression d’être une maitresse d’école coincée qui s’adresse à une enfant rebelle, je prends mon stylo et mon cahier, et je m’exclame, complètement hors sujet en la dévisageant :

« Tu as une peau magnifique, pas une ride, trop belle !!! », puis je m’excuse, ça se fait pas de commencer comme ça, c’est un compliment inapproprié, mais en même temps je suis impressionnée par Diane parce qu’elle a la peau parfaite d’une jeunette de 20 ans, lumineuse, qui respire la santé, et fait assez rare, hyper naturelle.

Diane explose de rire, elle est tout à fait d’accord, pas de fausse modestie, elle bosse le sujet à mort, elle est folle de tout ce qui touche à la beauté, les crèmes, les huiles, les poudres de perlimpinpin, les secrets de grand-mère. Héritage maternel depuis qu’elle est toute petite, elle se colle sur le visage des avocats, des œufs frais, des concombres et tout un tas d’huiles qui seraient aussi bien dans son estomac que sur son visage, a tel point que quand elle créé sa marque de mode April May dans les années 2000, elle lance aussi une petite ligne cosmétique fabriquée en Corée, pays de ses associés de l’époque et temple de la beauté en Asie.

Mais la clé de son système m’explique t’elle, c’est son rituel de beauté. Matin et soir, elle n’y déroge pas, c’est limite mystique, elle a besoin de ça pour se sentir bien, ça la protège dit-elle, ses copines se fichent d’elle, à 23h, en plein diner, Diane doit partir, elle a son rituel beauté à faire… Quand je pense à certaines de mes fins de soirées non glorieuses et de ces petits matins avec le rimmel qui coule sous mes yeux de chipirons, je me dis que j’ai beaucoup à apprendre de Diane…

A ce moment, elle se lève, s’approche de mon visage, écarte une de mes mèches, fronce les yeux et scrute ma peau avec l’attention du chercheur face à une mutation génétique inédite. Tout y passe, du front au décolleté en passant par le cou, lieu de traitrise majeur quant au vieillissement.

J’arrête de respirer pendant ce passage au scanner, diagnostic docteur ? Je m’en sors pas trop mal, la Diane-Gourou-beauté vient de me donner l’absolution, malgré tous mes péchés capitaux, dont le soleil, l’alcool et la paresse ne sont pas des moindres.

Diane reprend sa pause yogi et moi mon stylo, retour dans ses souvenirs.

Son parcours ressemble à une pièce de théâtre en trois actes, plutôt dans le genre feel-good, mais avec des passages périlleux suivis de rétablissements spectaculaires qui créent une véritable tension romanesque.

Dans l’acte 1, Diane apprend son métier de styliste dans les meilleures écoles, Esmod à Paris et la St Martin School à Londres. Elle sort major, elle est fière de me dire qu’elle est sortie major de sa promo, et que grâce à ce cursus solide, elle sait faire un vêtement de A à Z. Elle adore ce passage à Londres, c’est là qu’elle apprend à casser les codes, à sortir des sentiers battus, et à rêver qu’elle va rencontrer l’homme de sa vie en poussant un caddie dans un supermarché.

Ce dernier point ne se réalise pas, mais c’est Sophie Albou qu’elle va croiser, la future créatrice de Paul et Joe. Quand elle rentre à Paris diplômée, elle retrouve Sophie qui l’embarque dans son aventure, la marque démarre, elle fait un peu de tout et apprend milles choses du métier.

Après deux ans, elle commence à dessiner des sacs, elle combine ce projet personnel avec son travail chez Paul et Joe mais le succès la dépasse, elle vend sa ligne d’accessoires Diane Goldstein dans des grands magasins prestigieux, Frank et Fils, Selfridges, Barneys et aussi Paul et Joe, le coup est parti. Elle commence à voyager en Californie où elle écume les showrooms de mode et découvre plein de marques nouvelles, elle se fait un œil. A ce stade elle m’avoue qu’elle est grisée pas son succès, mais que coté gestion, elle est nulle :

« Je ne savais pas faire un prix, je choisissais mes matières première parce qu’elles me plaisaient, je fabriquais, et après je fixais un prix au pif. Un jour ma comptable m’a appelée et m’a dit qu’on n’avait plus un sou. Alors j’ai arrêté. »

Fin de l’acte 1.

A ce moment Johan, son mari, entre dans la pièce, nous salue avec un immense sourire, Diane nous explique que ce sourire est son arme fatale, un commercial né, personne ne lui résiste. Elle en profite pour lui demander avec son air enjôleur de lui rapporter un présentoir, Johan disparaît.

Je me retourne vers Diane et lui demande si ils travaillent ensemble. Elle s’exclame que non, plus maintenant, elle l’a rencontré en rentrant en France après Londres, ils ont été associés pendant de longues années, l’aventure April May, c’est avec et grâce à Johan qu’elle a pu la vivre. Aujourd’hui il continue à lui apporter son aide à chaque fois qu’il le peut.

L’acte 2 commence après l’arrêt de sa ligne d’accessoires. Elle part à LA où vit le frère de Johan, cette ville lui donne de l’énergie, son beau frère gère une marque de jeans, mais il est aussi passionné d’astrologie, passion partagée par Diane. Entre deux thèmes astraux, elle retrouve l’envie de créer et d’entreprendre, elle part en Inde avec des dessins, et revient avec un fabricant et une collection complète. Elle est née en avril, Johan en mai, l’acte 1 lui a appris qu’elle ne pouvait pas travailler seule, elle s’associe avec Johan, la marque April May est née, ainsi que leur premier garçon, des jumeaux en quelque sorte.

Pendant 11 ans, ils triment comme des forçats, enchainent les succès, c’est la course à la performance, ils collectionnent les distributeurs, 250 au total dont 100 aux USA, une équipe de 20 personnes travaillent pour la marque.

Diane a cette phrase qui résume sa boulimie de l’époque : « Je n’étais jamais contente, il me fallait toujours plus. »

Le besoin en trésorerie les rattrape, un grand groupe Coréen entre dans leur capital, ils perdent leur indépendance, et un peu de leur foi. En 2008, la crise des subprime lamine l’économie américaine, les obligeant à jouer les banquiers vis-à-vis de leurs clients en difficulté. Les dernières années de la marque sont un combat qui les épuise, Diane et Johan décident de clore l’histoire proprement, c’est dur mais lucide, en 2015, c’est la fin de l’acte 2.

Diane m’explique qu’après, elle se sent vidée, rincée, au bout du rouleau, mais paradoxalement, libérée. Comme à chaque fois que ça coince, elle part se ressourcer à LA, elle y fait du conseil à temps partiel pour une marque de mode, elle revoit ses amis, elle flâne, et un jour, elle rencontre Jon Rassmussen, qui exerce la profession de Chamane.

Je lève les yeux sur Diane, c’est une blague ou quoi ?

Non. Diane est tout a fait sérieuse. Jon Rassmussen, malgré son physique de joueur de foot body-buildé, est un authentique Chamane, qui chasse les mauvais esprits et pratique un rituel de nettoyage du corps et de l’âme d’une redoutable efficacité.

Diane, aime les rituels, elle croit au monde-autre, elle croit à l’influence des planètes, au jeu de tarot, à la chance et au destin, aux cycles de vie et elle a besoin d’un petit coup de pouce pour chasser les mauvaises ondes qui entravent son énergie.

Le passage de 3 jours dans le rituel de Jon Rassmussen a un effet miraculeux, elle se sent délestée de toutes les scories du passé, de nouveau, légère comme une plume.

Elle rentre à Paris, part aux Puces avec une copine, tombe sur une veste de judoka vintage, l’achète, la teint en kaki, la brode de motifs multicolores, et revient avec à LA, fière de sa nouvelle création.

Quand elle montre sa nouvelle création au Chamane, celui ci la voit comme un signe, le voilà qui bénit la veste, un nouveau rituel et entré dans la vie de Diane.

Elle revient à Paris avec sa veste de kimono dûment bénie, elle en fait une petite série de 10, illico bénies par le chamane, illico vendues à toutes ses copines.

Avec cette nouvelle création, la marque monoki est lancée, c’est le début de l’Acte 3.

Le reste n’est qu’un enchainement de chances, de rencontres et d’opportunités. Un article dans le Vogue sur ses vestes kimono la lance, le coup de foudre de Sarah, l œil de Colette, propulse ses kimonos chatoyants au rang de produit de fashion hautement désirable, l’alignement des planètes chéri par Diane se réalise de nouveau, sa comète est repartie vers un nouvel horizon.

Je me lève et nous allons dans son entrée, je passe tous ses kimonos, inutile de dire que j’ai l’impression de devenir quelqu’un d’autre, ce n’est pas du tout ce que je porte spontanément sur ma grande carcasse, moi qui suis la reine du minimal-less-is-more-incognito-classical-neutral depuis toujours.

Et pourtant, je me laisse séduire par le charme de cette veste mythique, il y a du judoka là-dedans, de l’élégance, de la légèreté, de la douceur, et surtout, une explosion joyeuse de couleurs qui rend chaque veste irrésistible.

Pareil pour les sacs, les pantalons brodés hyper confortables et les bijoux gris-gris que Diane fabrique à la main elle-même. Tout ce qu’elle fait a le charme du hasard, de l’improvisation, de l’envie du moment.

Diane a appris dans l’acte 2 qu’elle n’aimait plus la course à la performance, parce qu’elle y perdait sa joie de vivre et son envie de créer.

Elle a relevé le pied de l’accélérateur, elle avance à son rythme et ne dépend plus de personne, ses créations plaisent toujours autant mais ne touchent qu’une cercle d’initiés, elle s’en félicite, elle profite de  chaque instant et met toute son énergie dans les pièces qu’elle crée uniques et singulières.

J’ai tout essayé chez Diane, j’ai envie de ressembler à une californienne de Venice Beach, de me couvrir de bijoux comme elle, de ressembler à une odalisque orientale doublée d’une chamane indienne, mais je crois qu’on ne se refait pas, je ne ressemblerai jamais à la petite copine de Jim Morrisson dans le film The Doors, alias Meg Ryan.

Alors que Diane, oui.

D’ailleurs on n’en a pas parlé, mais je parierais la lune qu’elle croit à la réincarnation, à d’autres vies, à tout ce « fatras » ésotérique qui fait partie de son univers esthétique. Et ça j’aime beaucoup. Parce que Diane a en elle quelque-chose de très fort : elle sait renaitre de ses cendres. Et ça, le re-birth spirit, la capacité à savoir se réinventer, je crois que c’est la clé de la life.

Merci Diane pour ce moment un peu délirant et joyeux, j’ai adoré tes kimonos, m’attendront-ils  dans une autre vie ?

Je crois qu’il est temps pour moi d’adopter le rebirth-spirit, de Diane !

Merci à Sarah pour ses toujours jolies photos !

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12 réflexions sur “Le Re-birth Spirit selon Diane

  1. Hello,
    J’adore tout le style que vous faites ressortir. Et les photos sont trop trop belles :). Est-ce que vous auriez des adresses pour se procurer ce genre de bijoux (pas trop chères si possible ^^). J’ai acheté dernièrement des bijoux sur internet (alkre.ch, (sans vouloir faire de pub)), mais je cherche en continue de nouvelles pièces.. Etant accro ou plutôt fan de bijoux
    Au plaisir de lire un nouvel article.

    • Coucou Nath ! Je sais que tu es d’accord avec ça ! A un moment,on s’aperçoit que le re-birth est essentiel, quelle calamité que l’immobilisme ! Comme dirait ma grand-mere, la life c’est comme le vélo, si tu pédales plus, tu tombes !!! J’adore les commentaires de mes amies, my best fans are my friends

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