Marie Laure Chamorel, Fée main.

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Les puces de Clignancourt, c’était ma balade du dimanche avec les copines quand j’avais 18 ans, autant dire que quand j’y suis retournée avec Marie Laure dimanche dernier, ce fut un peu ma madeleine de Proust, je n’y avais pas remis les pieds depuis ce temps là !

La sortie du métro porte de Clignancourt n’a pas changé d’un iota, on n’est pas à Paris mais quelque part en Afrique, sur une ligne jumelle qui doit aller d’Alger à Abidjan en passant par Bamako. Des femmes en boubou multicolore, des vendeurs à la sauvette de montres imitation de luxe, un marché de bric et de broc qui s’étend jusqu’au périph, une foule bigarrée dans laquelle on s’aventure comme dans un voyage.

J’ai vu Marie Laure arriver au métro avec soulagement, j’aurais été incapable de me repérer dans les dédales des puces. Elle m’entraîne illico de l’autre coté du périph, là où les puces commencent, et où la foule se transforme en un socio-style touristico-parisien qui m’est beaucoup plus familier.

Même en running rouge et jeans, Marie Laure a le look de la Parisienne raffinée. Elle porte son sac Chanel en bandoulière sur un long pull noir, telle la gibecière de la Diane Chasseresse, et elle avance d’un bon rythme de son pas élastique, je suis comme je peux, légèrement amortie par ma soirée de la veille. A 18 ans j’arrivais à écumer les Puces après une soirée turbulente, hélas j’ai maintenant plus de mal… Charitable, elle me propose de prendre un café, que j’accepte de bon coeur.

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Nous voilà dans une rue charmante, où des entrepôts entièrement rénovés et de petites maisons envahies de lierres servent de boutiques d’antiquités. Je ne reconnais pas les puces de ma jeunesse dans cette atmosphère bucolique, on sent que la vague bobo est passée par là, revisitant le Paris crasseux et populaire pour en faire une sorte de village pilote pour touristes en goguette. Ça se confirme très nettement au café Paul Bert ou nous prenons place en terrasse. Décor de brasserie du 19ème, et serveur sosie de Jean Carmet qui nous prend la commande d’un ton rogue, welcome to Paris !

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La première fois que j’ai entendu parler de Marie Laure Chamorel, c’était par Caroline, la pétulante propriétaire des boutiques Blush et Blush Intimate à Lyon.

J’étais sur le stand de Louise Hendricks au salon Première Classe, on papotait, quand Caroline s’est exclamée : « Vous ne connaissez pas les bijoux de Marie Laure, allez voir tout de suite !! Quand vous en portez un, vous vous sentez devenir une autre femme, ils sont magiques! » On a trouvé le compliment tellement joli qu’on s’est précipitées et je dois dire que j’ai immédiatement adhéré au concept du bijou qui fait de vous une «autre femme»!

J’en avais parlé dans mon post sur le salon des Tuileries de Mars, pour moi le talent de Marie Laure, c’est de faire des bijoux oniriques, des bijoux hors temps, qui puisent dans le passé, le début du siècle et les années folles, tout en donnant un coup de peps terrible à une tenue. Plus qu’un bijou, ils sont des accessoires de mode qui transforment tout look basique de paresseuse (un peu moi) en tenue Whaou.

porteCe que m’explique Marie Laure, c’est son parcours de styliste mode, qui fait qu’elle a toujours abordé le bijou comme une déclinaison de ce qu’elle savait et adorait faire, la mode textile et la broderie.

Quand elle sort toute jeune étudiante de l’école d’art Duperré, elle n’a qu’une envie, en découdre (c’est le cas de le dire …) avec le réel, la vie professionnelle.

Elle a la chance d’être embauchée par une styliste talentueuse qui fait des collections pour Ricci, Chloé (du temps de Stella Mac Cartney), et qui gère aussi sa propre marque, de maille, Nema Tiber.

Pendant 5 ans, Marie Laure m’explique qu’elle va apprendre tous les rouages du métier, du dessin des collections au prototypage, les coulisses de la fabrication, les matières, le monde de la production chez les fabricants italiens les plus sophistiqués du marché, l’organisation d’une boite de mode, avec sa complexité et l’exigence des clients japonnais en particulier.

Nous sommes interrompues par Jean Carmet qui vient nous apporter nos expressos. Pas démontée par le côté rustique du personnage, Marie Laure lui demande si nous pouvons lui réserver une table pour déjeuner. Il se fait prier 2 secondes, pour la forme, puis grand seigneur nous garantit notre table, c’est vraiment parce que c’est nous… Le sourire ravageur et les yeux verts de Marie Laure ont fait leur effet, on a une table réservée au Paul Bert pour 14h, Jean Carmet est notre nouveau meilleur ami…

Après sa première expérience, Marie Laure décide de voler de ses propres ailes et entre chez Kenzo ou elle travaille sur la prestigieuse ligne Jungle, elle y peaufine son expérience de la maille. Puis elle enchaîne chez Gérard Darel, toujours sur la maille en spécialiste broderie, comme prestataire extérieure.

Ce travail qui lui laisse un peu de temps lui permet de commencer à construire sa propre collection, à partir de la matière, des fils et des rubans, elle se met à tisser des colliers-ceintures emmaillées de perles, sa première collection est née. Une rencontre avec l’organisatrice d’un salon la décide, elle présente sa première collection en 2006.

Comme beaucoup de créateurs, c’est le succès de son premier salon qui la propulse dans une nouvelle dynamique. Il y a 8 ans, les bijoux étaient beaucoup moins présents sur les salons d’accessoires et de mode, et sa patte très personnelle lui vaut immédiatement la conquête de prestigieux clients japonnais, Isetan, Tomorrowland et Bracrews.

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Et c’est là que je lui tire mon chapeau : pendant 4 ans, elle va cumuler son boulot de styliste chez Darel avec la construction de sa propre marque, elle va bosser tous les soirs jusqu’à pas d’heure pour broder et tisser elle même ses bijoux, faire ses commandes et ses factures, et assurer ses 2 collections par an.

Elle se souvient de ce moment comme d’une période difficile mais bénie, tout marchait super bien, beaucoup de travail mais aussi une vraie énergie et de la réussite. Tout ce qu’elle gagne, elle le réinvestira dans la marque, ce qui va lui permettre de se constituer une équipe, d’être épaulée, et de pouvoir se consacrer avec encore plus d’attention à la création et à la production.

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On a quitté la rue du café Paul Bert, et Marie Laure m’entraîne dans une galerie couverte d’une verrière, où les meubles de toutes les époques se mélangent avec les bijoux anciens, des jouets, et différents produits vintages. On arrive devant une très grande mercerie où je ne me serais jamais arrêtée toute seule, des perles en plastiques multicolores disputent l’étalage aux vieux boutons et à des cartons emplis de bijoux de pacotilles.

 

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La boutique est tenue par une famille de japonaises qui semblent connaître Marie Laure depuis toujours, visiblement elle a ses habitudes ici. La patronne nous amène vers l’arrière boutique et nous sort 3 caisses remplies de galons. Les yeux de Marie Laure se mettent à briller, ce sont des galons vintages, des fin de stocks récupérés dans des ateliers qui n’existent plus et qui doivent dater du début du 20ième.

On sort les 3 caisses à la lumière et Marie Laure, méthodiquement, sort plusieurs bobines, les touche, les évalue, on sent qu’elle réfléchit à la manière dont elle va les utiliser. Elle a le geste précis et le jugement sûr, après un quart d’heure, elle a sélectionné une dizaine de bobines qu’elle met de côté, elle repassera les prendre.

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En quittant la boutique, elle m’explique que cette affaire c’est un peu une histoire familiale, et qu’elle aime bien l’idée de tisser des relations avec ses fournisseurs, un peu comme elle tisse les fils de ses bijoux. Elle préfère utiliser des produits qui ont déjà eu une vie, qui sont patinés par le temps, et dont elle sait qu’elle ne retrouvera pas l’identique.

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Le fait de créer des produits uniques, à l’inverse de la série, et qui sont le fruit du travail de ses propres mains est très important pour elle.

Elle me parle de l’atelier qu’elle a trouvé à Bali, au hasard d’une rencontre, après ses 4 années à réaliser elle même tous ses bijoux. Il y a eu un moment où il a fallu déléguer la production, passer à la vitesse supérieure.

Elle est partie à Bali, elle a eu le coup de foudre pour l’Ile, pour un atelier textile, et pour un homme mais ça c’est une autre histoire.

Elle s’est totalement investie avec les femmes balinaises de cet atelier, elle les a formées à ses bijoux, aux méthodes de tissage et de fabrication, passant du temps avec elles, le temps de transmettre son savoir-faire, d’échanger et de construire un véritable partenariat. Depuis, elle passe la moitié de sa vie entre Paris et Bali, un pied entre les deux cultures qu’elle s’est mise à aimer à parts égales.

Puces pursesPour l’instant elle se presse, il lui faut aussi trouver des perles, et nous voilà reparties dans une autre galerie, vers une petite échope garnie de boutons, rubans et accessoires de perles anciens. La patronne nous accueille avec effusion, là aussi Marie Laure est chez elle. On nous ouvre tous les tiroirs, et je découvre avec émerveillement des profusions de bouquets de perles aux couleurs mordorées, bleutées, avec un voile nacré patiné par le temps. Moi qui ne jurais que par les pierres naturelles, je découvre un nouvel univers absolument fascinant.

Au début du siècle dernier, ces perles étaient utilisées pour broder robes, sacs, chapeaux et écharpes, c’est juste une merveille. Rebelotte, Marie Laure fait déballer tous les tiroirs, touche les perles, les sélectionne, interroge sur le stock.

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Je vois bien que dans sa tête, un logiciel c’est mis en marche, elle sait déjà comment elle va les utiliser, avec quel fil et quel galon, elle mouline pour faire toutes ses combinaisons de couleurs et de matières !

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On a fini notre visite en déambulant dans les ruelles du marché Vernaison, en discutant des affres de la production des bijoux, et de la nécessité absolue, pour un créateur, d’être en prise directe avec l’atelier qui produit ses bijoux.

Marie Laure partage sa vie entre Paris où elle chine avec passion ses strass, perles, fils et rubans, et son atelier de Bali, ou par son travail, sa présence et sa persévérance, elle a su transmettre son savoir-faire.

Je crois que c’est cela qui me fascine chez elle, et qui est un point commun avec tous ces créateurs que j’ai déjà rencontrés.

Le fil de leurs créations s’entremêle harmonieusement avec le fil de leur vie, et c’est en étant au plus proche du lieu où tout se réalise à la main, qu’ils réussissent à créer des produits qui ont une histoire, et qui les différencient absolument de la série, de la reproduction à l’infini, et des produits sans âme.

Les bijoux de Marie Laure Chamorel sont à son image, intemporels et oniriques, d’un chic absolu sans être ostentatoires, fruit d’un travail minutieux inspiré d’un artisanat ancien. Allez les voir chez Hod ou chez Franck et Fils à Paris, ou chez blush Intimate à Lyon, essayez en un et vous verrez la magie du truc, de vous en transformer en… une autre femme !

MY FAVORITES

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5 thoughts on “Marie Laure Chamorel, Fée main.

  1. Et voilà mon côté « baba » 70′s comblé…Il ressort souvent ; il suffit d’un rien, ces créations sont suffisantes pour le réveiller. Mais avec le style d’aujourd’hui, ce n’est plus un rien, c’est un tout parfait. Bravo Marie-Laure Chamorel, et bravo à Sylvie d’avoir su nous la faire connaître…

    • Je me vois très bien avec un des ruban-sautoirs! Exactement ce que j’aime donner une nouvelle vie à des petits bouts de matériaux, tiens j’ai des cartons de vieux fils, rubans, dentelles, boutons quelque part dans un appartement à Toulon, ça peut l’intéresser?

      • Mais justement, contrairement aux années « baba » c’est raffiné et c’est ce qui fait leur chic: à porter sans prétention. Bravo pour les photos !

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