Mes perles pour 2015

SG recadr 

Les fêtes de fin d’année, la fête, mais de quoi parle-t-on ?

Avant de vous souhaiter, comme il se doit, une excellente année 2015, pleine de succès et de bonheurs en tous genres, je me suis, pour une fois, autorisée à analyser le sentiment étrange qui s’empare de moi pendant cette semaine particulière, la semaine qui court du 25 décembre au 1er janvier.

Cette année, du jeudi au jeudi, deux jours vacants encadrant un week-end qui n‘en est plus un dans cette fuite sans objet, uniquement concentrée sur des questions de cadeaux, de nourritures extraordinairement caloriques, d’agapes familiales, de bilans mitigés et de résolutions improbables. Et pourtant, le rite est immuable.

Comme je le disais dans un de mes précédents posts, j’ai opté cette année pour le dépaysement par le voyage immobile, je me suis plongée avec délice dans la pile des livres collectionnés depuis quelques temps sur ma table de nuit.

Parmi mes curiosités hétéroclites je suis tombée sur un article passionnant de l’Encyclopédia Universalis, qui explique les fondements sociologiques et anthropologiques de la fête. Et là, j’ai tout compris.

Dr Freud avait décrété dans son « Totem et Tabou » de 1913 que « une fête est un excès permis, voir ordonné, une violation solennelle d’une prohibition ».

Mais mieux que ça, d’après deux intellos bien informés, « il y a un temps mythique, en quelque sorte intemporel qui vient s’incarner dans la fête. Le temps de la fête est d’une certaine manière extra temporel ; contrairement au temps du devenir qui est celui du changement, la fête, en se répétant, simulerait l’éternité, ou le temps du mythe originel.

Ce temps primordial, la fête ne se contenterait pas de le rappeler, mais le ferait aussi revivre. Le chaos de la fête serait donc fondamentalement le chaos des origines. »

Bingo ! Je comprends mieux cet état d’apesanteur qui me fait flotter entre Noël et le jour de l’an ! Pendant cette période, on se gave de nourriture, de champagne, d’oisiveté et de réceptions, on se libère du refoulement de nos pulsions ( enfin certaines…) , pour nous projeter dans un hors temps qui est supposé nous régénérer en nous faisant revivre la jeunesse du monde !!

J’ai beau parfaitement comprendre le mécanisme salutaire de la régénération, mais je la déplore. Ce hors temps me déroute complètement, confondre le jeudi et le dimanche est une source de stress, la disparition de mon monde normé pendant une semaine est une mise en abîme vertigineuse qui me fait perdre le nord, et les orgies programmées me donnent la nausée.

Ce passage initiatique annuel m’est totalement désagréable et je préfère l’ignorer superbement.

et-mon-fantome-en-rit-encore---journal-1892-1944-212639-250-400Ma politique de l’autruche m’a conduit cette semaine à me replonger dans le livre référence de mon auteur préféré, Et mon fantôme en rit encore, journal de l’immense Somerset Maugham entre 1892 et 1944.

En guise de cadeau , je vous livre quelques perles de Somerset, elles me font rire, me touchent, m’étonnent, m’élèvent, m’enthousiasment, m’inspirent, en un mot, elles m’enchantent !

Comme les bijoux qui illuminent la vie, ces perles littéraires m’accompagnent pour vous souhaiter une merveilleuse et scintillante année 2015 !

 

 

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Une femme peut-être aussi cruelle qu’elle le désire, si elle n’est pas jolie, cela ne l’avancera pas à grand-chose.

L’un des malheurs des humains est qu’ils continuent à éprouver des désirs sexuels bien longtemps après qu’ils ont cessé d’être physiquement désirables. Je ne vois certes rien d’inconvenant à ce qu’ils le satisfassent, mais je crois qu’ils feraient mieux de ne pas en parler.

Rien de tel que l’amour pour inciter un homme à changer d’avis. Car qui dit de nouvelles opinions dit nouvelles émotions. Elles résultent non de la réflexion mais de la passion.

L’amour le plus durable est celui qui n’est pas payé de retour.

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Elle n’est pas mariée. Elle m’a dit que, pour elle, le mariage était voué à l’échec si l’on ne pouvait avoir qu’un seul mari à la fois.

Les gens gâchent leur vie en s’obstinant à agir à l’encontre de leurs sensations.

Il faut bien du talent et un long apprentissage pour être oisif.

Un couple marié : elle lui vouait une adoration passionnée, exclusive, et leur vie était un combat ou lui tentait de conserver son âme, et elle d’en prendre possession.

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Le matériau du romancier : les années passent, la sagesse et la satiété l’empêchent d’accorder une très large considération aux affaires qui concernent les hommes en général. Et là, il est perdu ! Un romancier ne doit jamais devenir adulte ! Il doit s’intéresser jusqu’à la fin à des choses qui ne sont plus de son âge.

Un écrivain n’a nul besoin de dévorer tout un mouton pour pouvoir en décrire le goût. Il lui suffit de manger une côtelette. Mais cela, il doit le faire.

L’histoire de la morale humaine apparaît très clairement dans la littérature : l’écrivain, quel que soit le sujet qu’il aborde, présente le code moral de son époque.

Je n’ai jamais trouvé que la souffrance améliorait le caractère. Qu’elle ennoblisse et élève n’est qu’un mythe. Elle a pour premier effet de rendre les gens petits, ils sombrent dans l’égoïsme. La prospérité, le succès, le bonheur, ont fait de moi un homme meilleur.

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Les Alliés peuvent toujours parler de rendre à la France sa place parmi les grandes puissances ; ils n’arriveront à rien tant que les Français n’apprendront pas à regarder la vérité en face et à se voir tels qu’ils sont. Et la première chose à apprendre n’est pas l’humilité, qui ne leur sera d’aucune utilité, mais le bon sens.

Avec admiration elle me demande : « Quel effet cela fait d’être célèbre ? ». On m’a bien posé la question une vingtaine de fois sans que j’ai jamais su y répondre, mais aujourd’hui, trop tard, j’ai brusquement eu une illumination : « C’est comme quand on vous offre un collier de perles. C’est bien joli, mais, après quelques temps, quand vous y pensez, c’est seulement pour vous demander si c’est du vrai ou du toc. » Maintenant que je tiens ma réponse toute prête, je suppose que plus personne ne me posera la question.

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