Rubis ko dwei

 imageT rubis2

C’est peut être la semaine de Pâques qui m’influence, mais je suis d’humeur recueillie, et je vais vous parler littérature et pierre précieuse façon fiche de lecture, ça va nous changer de mes délires de greluche irrémédiablement immature.

Le rubis est devenu une pierre rarissime, sa valeur est supérieure au diamant, son rouge est incandescent, sang de pigeon, ko dwei en birman.

Le rubis n’est pas une mode, il est une passion ancestrale, sa couleur vitale et volcanique le place au centre de tous les fantasmes et légendes, il appartient aux mythes de la création, aux temps immémoriaux ou la terre grondait en elle-même pour naître au monde des humains.

Le rubis, histoire et passion

Substance primitive, le rubis ne se trouve que dans de rares endroits où les roches sont d’une antiquité profonde, de l’âge de notre univers, les plus beaux viennent de la vallée de Mogok en Birmanie, au nord-est de Mandalay.

« En vérité, il a fallu des millénaires pour que, au fond des entrailles terrestres en convulsions, dans un immense chaudron d’enfer, la flamme et la lave forment cette bande de calcaire cristallin ou reposent les cailloux de la vallée birmane. Elle contient des spinels rouges, rosés, violets ou noirs et le péridot, qui est l’émeraude de Mogok, et la rutilante pierre de lune et le lapis lazuli. Elle recèle même le saphir couleur de bleuet et le saphir blanc ou encore le saphir étoilé avec son astre à six branches.

Mais surtout, mais exclusivement, c’est le gîte du rubis, roi de tous les gemmes.

Ainsi, depuis le fond des âges, ces pierres sorties toutes brûlantes de la forge du monde attendaient que l’homme se penchât sur elles pour orner de leur éclat ses dieux, ses princes, ses idoles et ses courtisanes »

Ces mots sont de Joseph Kessel, extraits de son livre « La vallée des rubis », paru en 1955.

L’écrivain est tombé amoureux de la Birmanie, ce récit est un témoignage vibrant de son coup de foudre pour cette terre surnaturelle, une ode à la beauté de sa nature et aux mystères de la vallée de Mogok.

Jaquette Birmanie 3 sept._Mise en page 1 rubisbruts

Le livre ne m’a pas captée par l’histoire, plutôt décousue, qui tourne autour de nombreux personnages truculents rencontrés au cours de son voyage (en particulier Julius, son alter ego russe-juif-sioniste-aventurier-espion, qui ponctue ses phrases de la désopilante exclamation « Fraîcheur et délices ! »)

Ce qui m’a fascinée en premier lieu, c’est la mise en mots de ses émotions visuelles, des paysages féeriques de la jungle birmane parsemée de temples d’or et de lacs hantés de brumes, de la grace des femmes aux gestes précis et à la peau ambrée parfaite, et de cette fascination pour la culture bouddhiste, lointaine, mystérieuse et sage. J’ai voyagé en Birmanie, il y a 10 ans, et j’en ai gardé cette même trace d’émerveillement, ce pays ne laisse pas indemne, il irradie trop de beauté.

Mais au-delà de cette fresque, il y a la description de la microsociété qui s’est construit dans la vallée de Mogok, une sorte d’écosystème ancestral basé sur l’extraction, la taille, et le négoce des rubis. Ni les rois-dieux de l’ancienne Birmanie, ni les puissants colons de l’Empire britannique, ni les dictateurs de la junte militaire n’ont pu avoir de prise sur les règles millénaires de la vallée de Mogok. Constitué d’un fascinant mélange d’ethnies orientales, ce lieu a toujours généré ses propres castes de concessionnaires de mines, de coolies-mineurs, de marchands, de courtiers, d’acheteurs venus du monde entier et depuis toujours d’Inde, et de dacoïts, ses fameux bandits de grand chemin.

La société de Mogok ne répond qu’à ses propres codes, impénétrables pour les étrangers et les non-initiés : un langage de négociation unique par signes, des personnalités légendaires, la fraude séculaire, des réseaux de communication occultes, des systèmes de rétorsions impitoyables, et au cœur du système, le culte du jeu et du hasard, la croyance en un destin.

Même pour nous occidentaux, le rubis porte en lui cette symbolique sulfureuse, comme la trace indélébile de ses origines telluriques.

Çà m’a fait penser aux icônes de cinéma qui le portent, ce sont des femmes qui mêlent pouvoir et passion, une passion irrésistible, dangereuse, fatale. Moi j’en connais une ou deux dans la vraie vie, franchement elles fichent la trouille, il vaut mieux ne pas les croiser sur son chemin, ce sont de vraies garces !

Eva Marie Saint, la blonde sirène hitchcockienne qui séduit Cary Grant dans la Mort aux trousse, ne porte-elle pas un magnifique rubis au doigt, alors qu’elle lui donne un rendez vous mortel ?

lamortauxtrousses Solitaire rubis

Et c’est aussi une bague sertie d’un rubis, créée par Cathy Waterman, qui orne la main de la terrible Reine Charlize Theron dans le dernier remake hollywoodien de Blanche Neige.

Blanche-neige BagueCathyWaterman

De favoris sur le rubis, hélas je n’en n’ai pas.

Cette pierre est si rare, dans sa pureté originelle, qu’elle a disparu des catalogues des créateurs. On trouvera bien par ci par là quelques beaux corindons du prune au violine, mais point de rubis sang de pigeon. Il faut aller chez les grands joailliers de la place vendôme ou chez Christie’s pour en trouver, et là ce n’est plus mon rayon. On touche à l’exceptionnel, j’y reviendrai sans doute un jour.

Pour l’instant, je préfère rêver sur les légendes de la vallée de Mogok, qui elles sont éternelles.

 

Share Button

3 thoughts on “Rubis ko dwei

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>