Saga GAS Bijoux

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On me reproche un peu de ne parler que de marques chères…

Partiellement vrai, j’aime l’or, et l’or est cher.

Du coup je me soigne, et je vais vous parler aujourd’hui d’une marque fantaisie extrêmement populaire, accessible, connue, et incroyablement créative.

Si je vous dis St Tropez, Marseille, ça vous évoque quoi ?

En dehors du soleil, de la plage et de la méditerranée, en matière de bijoux, direct, ça devrait vous parler de GAS Bijoux.

Parce que GAS Bijoux est la plus belle marque du sud de la France depuis maintenant 45 ans et que derrière cette réussite, il y a une saga familiale, l’histoire de la famille Gas.

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Vous le savez maintenant, ce qui m’intéresse dans mon métier de jewel-addict, c’est de traquer le déclic créatif, de comprendre qui sont les personnes derrière une marque, quelle est leur histoire, leur culture, ce qu’elles aiment, ce qui les anime. 

Ce qui m’intéressait dans la marque GAS que je connais depuis toujours (inutile de faire les calculs, j’avais déjà largement passé l’age des châteaux de sable quand elle est née…) c’est que tout en étant une marque connue et largement distribuée en France comme à l’étranger, elle est restée désirable et créative, ce qui est rarissime.

La plupart des marques qui font du volume sont passées à un stade industriel, et elles perdent leur charme et leur âme au profit d’un statut et d’une belle rentabilité. Comme si le succès commercial banalisait la singularité des produits au profit d’une soupe marketing insipide.

Mais GAS non. Cette marque sort sans arrêt de nouveaux modèles, de nouvelles matières, de nouvelles techniques, elle est traquée par le monde du bijou, on la surveille, l’admire et souvent la copie, elle est une sorte de baromètre. Elle a une clientèle de 7 à 77 ans, de la bourgeoise Marseillaise à la cagole Parisienne (ou l’inverse ?) en passant par les branchitos et par toutes les strates de la société française, elle est au bijou ce que Johnny Hallyday est à la chanson française, une institution, un bestseller, une idole.

J’ai donc pris le TGV fin mai, un matin où Paris dégoulinait sous un déluge de fin du monde, pour me retrouver 3H15 plus tard sous le soleil éclatant du sud. Direction l’atelier GAS pour rencontrer André Gas, le créateur de la marque.

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C’est Nathalie, ma jumelle marseillaise dans le domaine du bijou de créateur, qui avait organisé ma virée. Elle m’a chopée à la gare St Charles avec sa jolie mini, et voilà les deux blondes en route pour l’atelier GAS, situé ou ?

Impossible de vous redire le chemin, même sous la torture, Nath herself la marseillaise en a perdu son nord-sud, un dédale de ruelles et de sens interdits nous ont conduites dans un quartier absolument charmant, aux confins du 8ème  , 7ème et 6ème arrondissement, perché sur une colline voisine de Notre Dame de la Garde. Après 6 coups de fil façon GPS marseillais, on est tombées sur la bonne ruelle, no 4. Pas de plaque, rien, on pourrait être chez un particulier, d’ailleurs on y est, on est dans la maison d’André Gas.

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Nadine, qui par coquetterie n’a pas voulu nous avouer son ancienneté dans la maison GAS, nous a accueillies chaleureusement et fait visiter l’atelier, une ruche de 5 étages où chacun et chacune a son espace de création, comme autant de minis ateliers dans un ensemble qui fait un tout.

De Jean-Claude, Monsieur  « Plumes » qui nous a montré ses sacs multicolores et fait un exposé sur les plumes de cou de faisan, à Natacha, Madame « Emballage, » qui tisse les joncs de fils multicolores d’un geste vif et précis, en passant par Bilou, Madame « Email », la virtuose des émaux multicolores, Alexandra qui enchaîne les scapulaires, Monsieur « Tonneaux » qui redonne leur lustre aux perles métalliques …

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Chaque étage était une découverte de nouveaux postes de travail, secret de la multitude de détails qui font la richesse des bijoux GAS, et tout en haut, nous sommes tombées en arrêt devant la somptueuse vue sur le château d’If et le bleu marine de la méditerranée, au loin, en contrebas.

Chaque personne nous montrait avec fierté sa spécialité, son travail, ses créations validées par Monsieur Gas, et au fur et à mesure que nous gravissions les étages de cette tour de Babel du bijou marseillais, je me disais que les gens qui travaillaient là avait l’air d’être incroyablement… heureux.

atelier vue

Arrivé tout la haut, André Gas, fringant jeune homme de 70 ans aux regard bleu vif, en grande conversation avec son chef d’Atelier Jean Max, est venu nous saluer, un peu speed : « Je vais déposer une prod dans le quartier et je reviens » et hop il a filé, pas facile à attraper André Gas ! Nadine sourit et me glisse à l’oreille : « Il est un peu stressé par l’interview » Je rigole !! André Gas stressé ? Dites lui que c’est moi qui n’en mène pas large !

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Nadine nous a installées là-haut, sur la terrasse, on a admiré la vue, et quand André nous a rejoint, on s’est installés autour de la table qui sert pour le déjeuner, et il a commencé à nous raconter sa vie, toute sa vie, dans un enthousiasme explosif dénué d’ordre chronologique, pour notre plus grand bonheur.

Je vais essayer de vous la refaire dans l’ordre :

En 68, André a quitté son Marseille natal et finit brillamment les Beaux Art à Paris. Tout s’est arrêté pour laisser place à la révolution étudiante, et lui qui s’est passionné pour la gravure voit son atelier réquisitionné par les militants. Choix des slogans et affiches de manifs font place au travail habituel du graveur, il avoue avoir sans doute gardé quelque part une belle collection d’affiche vintages. La vocation d’André se dessine, il va créer pour le plus grand nombre, il ne veut pas être un artiste méconnu, ou un artiste de l’élite, il sera un artiste populaire.

Son diplôme en poche, il redescend dans le sud, direction la plage, St Raphaël puis St Tropez. J’imagine tellement André Gas à 28 ans, le beau gosse bronzé, avec son regard bleu craquant et sa tchatche irrésistible, créant l’attroupement de jolies filles autour de ses bijoux ! Il évoque cette période avec un sourire gourmand : « C’était l’eldorado, la journée je vendais sur la plage, après je repartais avec ma 2 CV à l’atelier, on produisait toute la nuit, et je repartais le lendemain pour la plage. On n’arrêtait pas, c’était une machine à vendre ! »

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Quand on lui demande si il était tout seul à l’époque, il répond que très vite ils ont été 2, il y avait lui et Dédé, qui était insomniaque, et qui s’endormait au bout de la nuit sur ses pinces et ses perles, pouf, le front collé sur les bijoux, dans le coma après une nuit blanche. Morts de rire en imaginant la scène, et il rajoute, énervé : « C’est pour ça que j’aime pas les 35 heures, ça veut dire quoi 35 heures quand on monte sa boite ? ». Et puis il réfléchit et il ajoute : « Sauf pour les femmes, là je trouve ça juste, pour les enfants ».

Je découvre André le généreux, celui qui a construit un atelier dans lequel travaillent aujourd’hui plus de 50 personnes, surtout des femmes, des employés pour la plupart sans diplôme et au CV émaillé d’accidents de la vie, des personnes qui se sont révélées au travail et qui restent chez GAS pour toujours, un peu comme on entre dans une famille. Parce que le mot d’ordre d’André, dans le boulot, c’est la gé-né-ro-si-té. On va y revenir, dans l’ordre je vous dis , dans l’ordre.

Les années 70, c’est la phase 1 de la carrière de André Gas, le décollage façon fusée. C’est sa première boutique à St Tropez dans le passage du port, l’ancrage dans le sud, la construction d’une marque artisanale qui connaît très vite le succès.

Comme j’ai lu qu’André Gas est un grand voyageur, et qu’il rapporte des idées des 4 coins de la planète, je lui pose la question des voyages qu’il faisait à l’époque, je l’imagine parfaitement en pattes d’éph et cheveux longs en train de fumer des pétards dans un ashram en Inde.

« Pas du tout malheureuse ! » s’exclame- t-il , «A l’époque je ne voyageais jamais, j’étais mort de trouille à l’idée de prendre l’avion !! »

Bingo, on partage la même phobie aéronautique avec André, je l’embrasserais, moi qui ai été obligée de faire un Séoul-Paris dans la cabine de pilotage pour me guérir de ma terreur des turbulences, je sais de quoi on parle !

En 1980, il voit le film Manhattan de Woody Allen qui vient de sortir.

Choc, il doit découvrir New York en urgence, l’attraction de Big Apple l’emporte sur la phobie de l’avion. Je l’imagine très bien se bourrer d’un coktail tranxène-lexomil pour surmonter sa frayeur. Il s’envole pour New York, il a gagné, finie la phobie, bonjour New York et les voyages, une nouvelle vie s’offre à lui.

C’est avec frénésie qu’il a découvre les fournisseurs de bijoux de la 37ème rue, beaucoup de juifs partis s’installer là-bas au moment de la deuxième guerre mondiale. Ses yeux brillent quand il parle de cette première visite à NY, il sillonne toutes les échoppes, fouille tous les stocks, rapporte des tonnes de matériaux et d’idées. Il a pris le virus de New York, ce virus est puissant, il va le lier à cette ville pour toujours, au rythme de 5 fois par an au départ, et maintenant deux fois, au moment des collections.

La phase 2 de la vie de la marque GAS Bijoux est lancée, une période galvanisée par les voyages, la découverte de l’Inde, l’Indonésie, l’Amérique du sud, les îles perdues au milieu d’Océans bleus turquoise.

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Et comme la chance ne sert que les esprits préparés, cette période coïncide avec des rencontres fructueuses et des opportunités uniques, qu’il sait saisir. Il rachète en 1986 sa boutique place de la Garonne à St Trop (une affaire !), puis il se développe à Paris, rue Etienne Marcel, Milan, il noue des partenariats à New York, ça y est , la marque Marseillaise est en train de devenir internationale, et certain de ses bijoux, des modèles cultes.

L’équipe grandit, il a besoin de collaborateurs pour organiser les achats des produits qu’il source partout dans le monde, son équipe lui devient indispensable pour créer, il se plait à dire que chaque personne de son atelier est une ressource de créativité et un patrimoine de savoir faire artisanal. Il a l’humilité de nous dire :« Souvent, ils ont une idée que je n’avais pas eu, ils font mieux que moi ! ».

Il est loin d’être le créateur omniscient, il avoue volontiers qu’il a besoin des autres : « Je suis un solitaire, mais si j’étais resté seul, je ne serais pas à ce niveau là. »

Mais la limite qu’il impose à tous et d’abord à lui même, c’est que le résultat doit être un bijou GAS. Je lui demande de nous définir cette singularité, alors il s’exclame : « Les détails, le point, la virgule qu’il faut là ou il faut, c’est ça qui fait un bijou GAS ». Généreux et exigeant, deux traits essentiels de sa personnalité.

La phase 3 de la trajectoire ascendante d’André Gas ? Les enfants, me répond-il, sans hésitation. Marie et Olivier sont entrés chez GAS bijoux au début des années 2000, Olivier après des études de commerce et communication est le directeur général de la marque, et Marie après avoir embrassé le métier d’avocat, a préféré s’occuper du développement mode et accessoire des boutiques, et à créé le concept store By Marie, tout en donnant des impulsions créatives sur les bijoux GAS.

Quand je lui demande ce que lui ont apporté ses enfants, il me répond avec son goût de la métaphore : « Mes enfants m’ont fait passer d’un moteur à hélices à un moteur à réaction ». Je note que l’image est encore aéronautique, décidément réconcilié avec les avions André ! Il nous a fait la liste des trucs que ses enfants ont fait pour développer la marque, liste ponctuée d’une série d’onomatopées vitaminées (Bababi bababa !!! ouh la !!) : leur connaissance des outils informatiques, des métiers de la communication, du design et du marketing, le sens inné de Marie pour la mode et les tendances, leur capacité de s’entourer de personnes super qualifiées… C’est bien simple, il ne tarit pas d’éloges sur sa progéniture, c’est touchant !

L’heure tourne, le mistral s’est levé, on échange de place avec André, il a le soleil dans la figure, « Il paraît que c’est mauvais le soleil », plaisante t-il !

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On continue d’échanger sur ses voyages, il revient de Santa-Fé où il en a pris plein les yeux, il nous fait l’apologie de l’Inde, de la spiritualité des gens qui fait que chacun est à sa place (pas comme en France où la misère est la vraie misère ! ), des pierres de couleur qu’il a découvertes là-bas récemment, de la nacre qu’il rapporte des Philippines, de l’ébène taillé qui est son nouveau matériau de prédilection, du coquillage qu’il a ramassé sur une île déserte, de cette passion qu’il a pour cette chasse au trésor qui est le moteur de sa vie et de sa réussite.

On est interrompus 2 ou 3 fois, on lui pose une question, on lui demande un avis sur un produit, il prend toujours le temps de répondre, on sent que l’équipe avance, mais a besoin de son approbation sur le moindre détail.

Quand on lui dit qu’il est d’une génération gâtée, et que tout allait comme sur des roulettes pour les enfants de l’après guerre, il se fait philosophe, et cite un grand écrivain du début du siècle dernier : « L’optimiste créé sa chance, le pessimiste lui fait peur ».

André Gas avoue qu’il a eu beaucoup de chance, qu’il a commencé dans les années 70 où tout était possible, où l’argent entrait sans être immédiatement ponctionnée par les charges, où chacun vivait dans l’espoir d’un lendemain meilleur que la veille, et où l’on trouvait des boutiques à Saint Tropez place de la Garonne sans avoir le budget de Bernard Arnaud.

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Puis il ajoute : « La chance, c’est comme un train qui passe devant vous, et il y a des gens qui ne prennent jamais le train, moi oui ».

Même si il admet que tout est plus difficile aujourd’hui, il est un authentique entrepreneur, quelqu’un qui s’adapte à toutes les situations, qui avance, qui vit dans le présent, pas dans le passé, quelqu’un qui est toujours dans l’action, dans les projets, en mouvement, comme ses créations qui naissent tous les jours, sans plan de collection, au gré de ses envies et de ses trouvailles.

Quand je lui demande et l’avenir ? Il me répond le travail, le travail, les rencontres, le sang neuf, et par touches, il évoque son idée de la transmission. Il est conscient que ses méthodes sont d’un autre temps, mais il est lucide sur ce qui fait sa force. « Qui d’autre que moi va aller farfouiller dans des caves à l’autre bout du monde pour trouver des idées ? Il faudrait que je rencontre mon âme sœur ! ».

A ce stade j’étais devenue une groupie d’André, et ça devait clignoter sur mon front que je postulais sur la fonction « âme sœur », avec l’enthousiasme d’une ado de 16 ans. Mais j’ai pas osé, c’est pas sorti, mon foutu esprit d’escalier, et puis je ne suis pas sûre d’être dans le top 5 de la fonction sur les critères voyages en avion et séjours prolongés dans les pays exotiques où on chope la Dengue, entre autres …

On s’est quittés sur ce regard d’un amoureux de la vie, un regard résolument tourné vers la lumière bleue de la méditerranée, comme une promesse de rencontres, de voyages, d’échanges, d’opportunités, le regard d’un homme qui ne s’arrête jamais, et dont la vie est une aventure personnelle et collective, une aventure de bijoux.

Je souhaite bon vent à André l’aventurier, et j’attends avec impatience toutes les surprises que nous réserve GAS Bijoux, pour aujourd’hui, demain, toujours !

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3 réflexions sur “Saga GAS Bijoux

  1. Pingback: Saga GAS Bijoux | Bijoux or diamant

  2. Merci Sylvie d’avoir écrit ce bel article sur la saga Gas Bijoux afin de nous faire partager tout son univers précieux même s’il n’y a pas d’or  » véritable « …
    Pour la marseillaise que je suis, Gas bijoux, c’est le sud. C’est même complètement le sud.
    C’est à dire que lorsque je vois les bijoux à NY ou à Paris, même si tout est gris, si il pleut et que le thermomètre affiche – 10, j’ai immédiatement chaud, je vois le soleil, la mer et tout reprend de la couleur.
    C’est ça aussi la force d’un bijou Gas, même en hiver, dès que tu le portes tu penses immédiatement à l’été !
    Après l’interview d’André Gas ( tout est vrai, j’y étais ! ) c’est d’autant plus évident : ses bijoux sont positifs.
    Ce sont des remèdes contre la morosité !
    … Et j’ajoute, suite à la lecture de l’article : toutes les ( vraies ) femmes ont une petite cagole cachée en elles.
    Valable pour toutes les ( vraies ) parisiennes aussi …;)
    A Marseille, nous, c’est assumé , voire revendiqué !

    • Merci Nath d’avoir organisé cette super visite à Marseille, je crois que je suis en train de virer cagole, définitivement, et pour mon plus grand bonheur !!!

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