Selim Mouzannar, Happiness jewel therapy

 imageT Selim

Ce matin, j’avais rendez-vous avec Selim Mouzannar, créateur joailler

Peut-être ne connaissez vous pas son nom, mais pour moi, depuis que j’ai découvert ses bijoux au Bon Marché il y a 3 ans, il brille au firmament des créateurs joailliers les plus doués de sa génération.

Selim Mouzannar est d’une famille de joailliers libanais, il a eu de multiples vies, il a voyagé depuis son adolescence pour apprendre toutes les facettes de son métier, de Paris à Anvers, de l’Arabie Saoudite à la frontière de la Thaïlande et du Cambodge, et il a créé son propre atelier et sa boutique à Beyrouth dans les années 1990, au moment où la guerre donnait un répit à son pays fascinant mais meurtri. Depuis 2005, il a développé sa marque en Turquie, à Dubaï , en Angleterre, à New York et en France,  où malgré une mise en place discrète dans des grands magasins très haut de gamme, il est en train de se constituer une clientèle conquise par ses bijoux exceptionnels.

Les bijoux du créateur Selim Mouzannar sont différents car ils sont le fait du vécu.

Ils reflètent l’équilibre parfait entre l’Orient et l’Occident, entre l’ancien et le moderne, entre le baroque de l’Empire ottoman et l’épure du design contemporain, et ils expriment une intense joie de vivre.

Comme son pays qui est au carrefour des cultures, il est lui-même un polyglotte aux multiples facettes, capable de défendre la cause de l’ONG «  Right to Nonviolence », de dessiner un camée sur mesure pour une grande dame qui veut immortaliser la grille de sa propriété d’Antibes, de décrocher lui-même un rendez vous pour vendre sa marque au Bon Marché, et de marcher pieds nus dans une mine de rubis en Thaïlande.

Quand je suis arrivée à l’hôtel Daniel à 10h ce matin, autant dire que j’avais le trac. Et ce n’était pas faute de préparation, je savais déjà tout de sa bio officielle et de l’histoire  inextricable du Liban sur les 20 dernières années … Je savais qu’il était un incorrigible optimiste, ce qu’il m’a confirmé de but en blanc avec un franc sourire tout en s’excusant d’avoir mis une veste pour un rendez vous formel à venir. Pas de glace à rompre, Selim est la convivialité incarnée.

À l’inverse des créateurs de bijoux autoproclamés stars, Selim se regarde avec une grande humilité. Quand je lui ai débité mon petit chapelet introductif sur l’admiration que je portais à son travail, il m’a répondu modestement :

« J’espère ne pas vous décevoir ! ».

On a ri, j’ai branché mon iphone, et c’est parti pour une heure passionnante sur son histoire, qui est aussi celle de ses bijoux.

Selim Mouzannar est né en 1963 et est l’aîné d’une fratrie de 4, il était donc prédestiné à devenir joaillier, c’était ce que voulait son père, et visiblement, il devait être difficile de tenir tête à ce père là.

« Les journées de vacances avec mon père, c’était un peu le service militaire ! » Il raconte avec humour ses souvenirs de randonnées en montagne menées au pas de charge, les innombrables petits jobs que lui donnait son père à la boutique, «  je faisais tout, même le coursier » et  aussi l’ennui que suscitait pour lui les modèles traditionnels fabriqués à l’époque. «  Les bijoux traditionnels sont un peu ennuyeux » dit-il « ils se ressemblent tous comme les bijoux du souk ». Enfant, il était imprégné par cette atmosphère des artisans joailliers, mais il rejetait en même temps cet héritage forcé. « Il y a eu conflit de générations, j’étais partagé ». Et de reconnaître qu’aujourd’hui, si ses bijoux réussissent ce subtil équilibre entre l’ancien et le contemporain, c’est parce qu’il a su revisiter cet héritage. « Je n’ai pas réussi d’un seul coup, mais naturellement c’est venu ».

Quand je lui demande à quand remonte sa première création, il se rebiffe : « je n’aime pas le mot de création, il est écrasant ». Je crois comprendre que pour lui, l’idée d’un bijou n’est pas une apparition out-of-the-blue, mais que c’est une sorte de construction humaine qui se sert des diverses expériences de la vie, qui puise dans des sensations et des images accumulées depuis bien longtemps dans l’esprit. Et puis il y a aussi l’expertise et l’expérience qui font un bijou, la création, c’est un peu réducteur et éthéré, on oublie ce qui doit être fait pour aboutir à la réalité du bijou.

À ce propos, Selim me raconte son parcours, depuis Paris où à 20 ans il a suivi les cours de l’institut national de Gemmologie et une formation de gestion, puis un stage d’un an à Anvers, la ville des diamantaires. La guerre fait rage au Liban, il décide de parfaire son expérience dans une multinationale basée en Arabie Saoudite. « Les bijoux n’avaient pas de caractère, mais on avait des supers pierres, et on travaillait comme des dingues. J’ai beaucoup appris, c’était très technique, j’étais responsable du stock, du laboratoire et de la production. »

À ce moment le téléphone sonne, il jette un oeil ,« c’est Beyrouth »… Je réprime un sourire, il ne sait peut être pas que ces 2 mots sont devenus une célèbre expression dans notre pays… En fait c’est son atelier.

En reposant son téléphone, il remarque quelqu’un qui vient d’entrer dans le salon et il me glisse à l’oreille : « Vous avez vu ? c’est Omar Sharif ! » Effectivement, je reconnais le Dr Jivago de notre enfance sous les traits du vieux monsieur qui s’installe sur le sofa de satin vert. La diversion est cocasse, je baigne dans l’orient merveilleux !

On reprend le fil.

Après la multinationale, il a envie d’autre chose, et un ami américain qui possède une concession en Thaïlande lui propose un job, dans une mine à ciel ouvert à la frontière cambodgienne. Cette étape me fascine, je le tanne pour en savoir plus, son cv se métamorphose à ce moment en un épisode des Aventuriers de l’Arche perdue. « Cette expérience en Thaïlande a été un arrêt sur image dans ma vie. C’était une mine alluvionnaire, on effritait la pierre pour trouver les cristaux. Et puis il y avait un marché aux pierres en plein air, c’était quelque chose. Il y a des moments où j’oubliais que j’étais pieds nus pendant une semaine. On se confond avec le décor, avec la population, c’est comme ça qu’on s’intègre. C’est là où j’ai vu le pouvoir que c’était d’accepter et d’intégrer des situations imprévues. Je suis quelqu’un qui s’intègre facilement. Je crois dans la tolérance. »

Pendant un an, il va emmagasiner les images et les couleurs de ce pays, il se met à rêver de créations, il commence à avoir envie de commencer quelque chose à lui.

Le virus est pris, la guerre est enfin finie dans son pays, il rentre pour créer son atelier, et dans la foulée des années 90, sa première boutique. Le succès est immédiat, la Maison Selim Mouzannar fait le bonheur des élégantes libanaises. Et, en 2005, quand la violence repointe son nez dans les rues de Beyrouth, il décide de se développer à l’étranger, dont la France qui a vu ses premiers pas.

Sa première collection de bijoux, Beirut, est un véritable succès et cela depuis plus de 10 ans.

C’est une ode aux arcades de l’architecture ancienne de sa ville (les pierres sont serties sur ce motif ajouré qui laisse subtilement passer la lumière), dans un camaïeu d’or rose, de diamants taille ancienne, et de saphirs pastel.

Je lui demande d’où lui vient son goût pour les pierres atypiques : « J’aime… j’ai toujours été amoureux des pierres qui donnent un reflet doux, pas ostentatoire. Il faut que ce soit cristallin, beau, transparent. Parce ce que c’est quand même un message de rapport de forces les cailloux qui sont comme ça avec plein de feux…Et ce rapport de forces, à mon avis, il fait écran à la beauté des choses ». Touché en plein dans le mille, tellement vrai et poétique ! il est content de sa formule, « ça marche ça non ?! ».

Selim est un homme qui se définit comme un homme de la nature, et s’il aime les villes et la civilisation, c’est la nature sa ressource première.  Il privilégie la douceur de l’éclat et de la couleur des pierres, car c’est sa façon d’intégrer la nature à ses créations.

Il décrit avec beaucoup de précision l’attention qu’il porte à chaque étape du développement de ses bijoux :

« Notre force, c’est l’équilibre dans la conception du bijou. Quand on conçoit, on sait exactement ce qu’on va obtenir. On maîtrise toute la chaîne, par exemple quand je donne mon croquis au dessinateur industriel, je le surveille, car je sais qu’il n’a pas la même vision finale du bijou que moi. Et puis après on fait tout fabriquer dans nos ateliers à Beyrouth, et vous savez, on n’a pas à rougir de la qualité par rapport aux grands ateliers français ou suisses !. Quant aux pierres, je choisis ce qu’il y a de mieux, je me fournis partout dans le monde, et je n’ai pas le droit à l’erreur, avec moins de facettes, le rendu doit être absolument limpide. »

L’iphone sonne de nouveau, il doit répondre, encore l’atelier. Il check rapidement l’image qu’on lui a envoyée. Effectivement, cet homme-là ne lâche pas sa production !

Le temps passe, nous parlons de son prochain lancement, une ligne développée en exclusivité pour Le Bon Marché qui va sortir en mai pour la fête des Mères.

Je lui demande comment il voit les prochaines années :

« Mes projets sont multiples. J’ai envie d’arriver à être ce que j’ai envie d’être. Je suis comme je suis . J’ai envie de prendre des ailes  sans tomber dans la lourdeur, le piège des bijoutiers-joailliers précieux. Mais j’ai envie de laisser une trace ; ça peut rester une envie, mais l’envie est un super moteur, c’est ça l’optimisme ! ».

J’éteins mon enregistreur, je remballe cahier et crayon. On se quitte comme si on se connaissait depuis toujours sous les yeux indifférents d’Omar Sharif, et je quitte sur un petit nuage d’énergie le décor très second Empire de l’hôtel Daniel. Ce n’est qu’en m’engouffrant dans l’escalier du métro que damned ! je réalise un truc: mon reflex est resté dans mon sac, j’ai oublié de prendre Selim en photo…

Et dire que je pensais avoir fait un sans faute !

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14 thoughts on “Selim Mouzannar, Happiness jewel therapy

  1. Ses bijoux sont fascinants par l’éclat doux des pierres, le camaïeux des couleurs, l’or rose utilisé et le travail de la monture si belle au verso. Parfois je file au Bon Marché, rien que pour voir s’il y a des nouvelles créations.

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