Voyage minéral

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La conjonction des hasards fait que je suis allée visiter la nouvelle galerie de minéralogie du jardin des plantes, et qu’en même temps, j’ai lu «Soumission» de Michel Houellebecq et « Comme un chant d’Espérance » de Jean d’Ormesson.

Vous allez me dire que je perds la boule, et qu’il n’y a absolument aucun rapport entre les minéraux et ces 2 bouquins. Et pourtant …

Je suis allée au jardin des plantes lundi dernier vers midi, à part quelques joggeurs masos, le parc était vide et gris, et la galerie de minéralogie récemment rénovée totalement déserte.

J’adore visiter une expo toute seule, ça me donne l’impression agréable qu’on a fait tout ça pour moi, et que je me promène dans un lieu exceptionnel qui m’appartient un peu. En entrant, j’ai été fascinée par la perspective de minéraux géants qui jalonne le chemin central, illuminés de l’intérieur par un étonnant système de clairs obscurs.

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 Entrer dans cette galerie, c’est un peu faire le voyageur de Jules Vernes vers les entrailles de la terre, dans les profondeurs sombres et volcaniques des roches en fusion, là où des températures infernales font naître par une alchimie mystérieuse les plus belles pierres précieuses.

L’exposition est très didactique, et commence par une explication détaillée de la naissance de la terre et des premiers minéraux.

Et comme toujours, quand une information m’élève de mon point de vue microscopique, je suis prise par le vertige des questions métaphysiques. En général ce vertige ne dure pas, il s’évapore au contact des triviales réalités de la vie (prendre rv chez l’esthéticienne, passer chez Maje pour les soldes), mais cette sensation fugace est tellement enivrante que j’ai envie de vous la faire partager.

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La terre est née il y a 4,6 milliards d’années, dans un univers existant lui même depuis 14 milliards d’années à la suite d’une explosion primitive, qu’on a appelé le Big Bang.

Bon déjà cette info, ça remet les idées, en place. Par rapport à mon planning de la journée, de la semaine, ou des prochaines vacances, je me sens déjà flotter en apesanteur.

Dans ces histoires de naissance de l’univers, puis de la terre, on ne parle que d’explosions, de températures insupportablement élevées, d’âge des ténèbres. Quand notre terre est arrivée, elle était tellement chaude, que ça n’était compatible avec rien, et qu’il a fallu attendre 4,2 milliards d’années pour voir apparaître les océans, et 3,8 milliards d’années pour voir apparaître la vie. Une paille…

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Mais pendant tout ce temps, avant qu’on arrive, les arbres, les fleurs, les singes, les hommes, et surtout nous les filles, la terre n’a pas perdu son temps. Elle a couvé en son sein les minéraux, ces corps purs constitués d’une seule espèce chimique, et en particulier le prince des pierres précieuses, le diamant. Sympathique attention pour nous, les filles !

Le diamant est un né il y a 3 milliards d’années pour les plus anciens, d’une combinaison d’improbables hasards. Constitué de carbone, il ne peut naître que si il est soumis à la fois à une température élevée, de l’ordre de 400° et à une pression colossale, de 70 tonnes par cm2. Les diamants naissent donc loin sous la terre, environ à 200 km de profondeur, et pour qu’ils puissent nous arriver, il manque un dernier élément totalement invraisemblable, mais réel ! Ils nous parviennent dans une roche volcanique, qui répond au doux nom de Kimberlite, qui recouvre le gemme et agit comme une couche protectrice face aux températures insoutenables, permettant au diamant de faire tranquillement son voyage dans le manteau terrestre pour parvenir jusqu’à nous.

Je suis étourdie par cette chaîne de hasards successifs : le Big Bang, l’univers, la terre, le voyage du diamant du centre de la terre jusqu’à la surface, et puis nous, bien bien longtemps après.

Je me promène avec mon reflex devant les vitrines de l’exposition, éclairées par les minéraux aux couleurs chatoyantes, aux formes invraisemblables de beauté, rugueuses ou lisses, opaques ou transparentes, parfaites dans leurs imperfections. Chaque nouveau minéral est un émerveillement, les formes donnent parfois l’impression de préfigurer la nature, les végétaux, et les œuvres d’art humaines. C’est surnaturel.

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Bon, là je vous ai perdu, je sens que vous vous dites vraiment que j’ai perdu la boule …

En ressortant du clair-obscur fascinant de la galerie, j’ai retrouvé la grise réalité de notre janvier parisien. C’est là que j’ai repensé à mes deux lectures récentes.

D’Ormesson est fasciné par le néant (question d’âge sans doute…), celui d’avant la création de l’univers, et celui d’après, après nous. Il introduit son récit par le mur de Planck, ce concept inventé par Max Planck, génie et prix Nobel de physique en 1918, qui nous explique qu’avant le Big Bang, il n’y avait rien, puisque les lois en vigueur dans notre monde ne sont pas applicables, et qu’il n’y a pas de passé avant ce mur. Juste impensable.

Quant à Houellebecq, il fait dans son dernier best-seller controversé, une désopilante démonstration (légèrement alcoolisée au Meursault) sur l’existence de dieu. Il fait dire à l’un de ses personnages, prosélyte de l’islam : «Oui , la beauté de l’Univers est remarquable, et son gigantisme, stupéfiant … Exposez ces faits scientifiques à cent personnes dans la rue : combien auront le front de soutenir que tout cela n’a été créé par hasard ? ».

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Le début, la fin, l’immensité de l’univers, le voyage du diamant à la surface de la terre, la cascade des hasards, et qui dit que le XXIe siècle ne sera pas spirituel ?

Back to the Earth, je vous conseille le voyage à la galerie des minéraux du jardin des plantes, il est aussi décoiffant qu’Interstellar !

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11 réflexions sur “Voyage minéral

  1. « la beauté de l’Univers est remarquable, et son gigantisme, stupéfiant … Exposez ces faits scientifiques à cent personnes dans la rue : combien auront le front de soutenir que tout cela n’a été créé par hasard » ?: c’est aussi la phrase clé que j’ai notée au passage ( entre 2 verres de Meursault, pas moi, lui). Pour en revenir à ton blog, vraiment Sylvie, ta passion pour les bijoux et les belles pierres entraînent tes lecteurs très haut et très loin et les déculpabilise de toute velléité de futilité : A l’avenir, nous regarderons autrement la belle pierre posée sur la bague surtout si elle est inaccessible…

  2. Passionnant, Sylvie ce que tu nous racontes ! finalement notre passion a bien un caractère scientifique et quand on craque, c’est pour la bonne cause !
    Bravo et gros bisous
    Martine

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