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La semaine dernière, c’était Fashion Week.

Contrairement à ce qui se passe chaque saison, il n’y a pas eu de retrouvailles glamour-cosy avec Selim Mouzannar à l’hôtel Daniel dans le 8ème arrondissement de Paris, pas d’habits de lumière, pas de macarons pour le thé, pas de coupe de champagne pour l’apéro, et pas de poirier de Selim… juste des têtes masquées sur Zoom.

Certains lieux sont imprégnés de souvenirs. Y remettre les pieds, c’est faire un voyage qui nous projette à la vitesse de la lumière dans notre mythologie personnelle. Et si ça nous ramène dans notre jeunesse, c’est fabuleux, l’endroit se pare pour toujours d’une aura enchantée.

C’est ce qui m’est arrivé cette matinée de septembre caniculaire où je suis partie rencontrer Camille Riboud, la nouvelle Directrice Générale des boutiques Victoire.

L’automne est synonyme pour moi de cette partie de l’année où l’on bascule dans la dark face de l’hémisphère nord, ce moment où la lumière se fait la malle vers le sud.

Chacun peut piocher dans sa boite à outil pour affronter cette période de spleen saisonnier : doublement des doses de sport hebdomadaire pour faire le plein d’endorphines, overdoses de chocolat noir, séance quotidienne de luminothérapie, cure de millepertuis, pratique intensive de la méditation, du yoga et du reiki, podcast en boucle de ses humoristes préférés.

La rentrée n’est pas supprimée ? Le mois de septembre non plus ? Pas évident… L’installation de cette foutue pandémie nous scotche dans un présent anachronique. Le passé s’efface, on ne se rappelle plus qu’il y a 6 mois on se faisait la bise et tout le monde se tripotait sans vergogne.

Paris est déserté, la COVID s’est exilée sur les plages, abandonnant les cafés sans touristes, au bitume brûlant et aux feuilles roussies prématurément par les vagues de canicule.

Ça sent la fin du monde, on se demande si septembre va bien revenir en l’état dans cette foutue année 2020, c’est comme si tout était parti en vrille dans le dé-tricotage de notre quotidien.

Au moment où j’ai mis un point final à l’écriture de mon dernier et prochain post, le mardi 4 août, un entrepôt explosait dans le port de Beyrouth, détruisant la ville à une vingtaine de kms à la ronde.

Je pense à tous mes amis libanais et en particulier à Selim Mouzannar, à sa famille, ses amis et toute son équipe, qui sont sains et saufs Dieu merci.

Avec l’âge, il y a beaucoup de choses qui se détériorent (la loi de la gravité est une malédiction pour le corps humain), mais il y en a une qui croit et embellit, c’est l’intuition. Ce sentiment diffus que quelque chose fonctionne ou ne fonctionne pas, une sorte de capteur intérieur des bonnes et les mauvaises ondes.

Certaines rencontres sont à double détente. C’est ce qui s’est passé avec Héloïse. On s’est vues une première fois en décembre, puis je n’avais plus de photographe, puis l’hiver a été poussif, puis le covid a tout bloqué… A peine sorties du confinement, on a repris notre discussion là où on l’avait laissée il y a 6 mois !

Avant de vous présenter ma première invitée post confinement, je me suis dis qu’il fallait que je vous explique mon silence. Parler de bijoux alors qu’on avait tous l’impression qu’on allait mourir de la peste dans le mois, ça m’a paru insurmontable. J’ai préféré m’improviser cantinière, pour nourrir les bouches voraces de mes hommes, et coach sportive sur zoom pour entretenir mes fessiers et ceux de mes copines.