L’amour à rebours

Le kitch de la Saint Valentin est un marronnier inépuisable que je ne me lasse pas d’effeuiller.

Au début de l’année, je me débats invariablement avec un spleen gris, ciel de traine de la crise existentielle que je traverse pendant l’entre-deux fêtes et dont l’épicentre se situe le soir du 31 décembre.

Quand j’émerge de cette période éprouvante, je vois la perspective d’une fête des amoureux comme la réplique de la secousse du réveillon. Au pire de l’hiver, c’est un événement de joie programmée, exploité médiatiquement et commercialement.

Or cette année, Serotonine, le dernier roman de Houellebecq a joué sur moi le même rôle que la molécule éponyme. J’ai été prise de fous rires compulsifs en lisant les deux premiers tiers, après ça sombre dans le trou noir Houellebecquien, mais chez lui le rire le dispute toujours aux larmes, ce qui produit un effet paradoxal sur moi : il ne me donne pas envie de me pendre ( comme lui…), il me fait marrer.

J’ai surligné au stabilo ses mots d’esprit qui sont dignes d’Oscar Wilde, je ne m’en lasse pas. Plonger avec Houellebecq dans le navrant destin de ses personnages, c’est comme plonger dans l’eau d’un lac glacé en Norvège après un sauna à + 50°, ça fait un choc thermique qui réveillerait un mort.

Je me suis parfaitement retrouvée dans ses délires sur le réveillon du 31, qui selon lui peut être fatal aux personnes fragiles, catégorie dans laquelle je me suis rangée illico en lisant ses lignes hilarantes. Qui se compare se rassure, je me suis dis qu’il y avait bien pire que moi…

Mais c’est sur le sujet du bonheur et de l’amour que Houllebecq est intarissable :

J’ai connu le bonheur, je sais ce que c’est, je peux en parler avec compétence, et je connais aussi sa fin, ce qui s’ensuit habituellement. Un seul être vous manque et tout est dépeuplé comme disait l’autre… la vérité est qu’un seul être vous manque et tout est mort, le monde est mort et l’on est soi-même mort, ou bien transformé en figurine de céramique et les autres sont des figurines de céramique, isolant parfait des points de vue thermique et électrique, alors plus rien absolument ne peut vous atteindre, hormis les souffrances internes, issues du délitement de votre corps indépendant mais je n’en étais pas encore là… il y a juste que j’étais seul, et que je ne tirais aucune jouissance de ma solitude, ni du libre fonctionnement de mon esprit, j’avais besoin d’amour, et d’amour sous une forme très précise…

Et j’arrête là l’extrait parce qu’après ça dérape grave.

Et en lisant tout ça, je me suis dit que la commémoration du bonheur, qu’il soit familial ou amoureux, est un moment cruel pour tout ceux qui sont qui s’en sentent exclus.

Je me suis dit que pour la fête des amoureux, il fallait faire un clin d’œil à un autre versant de l’amour, l’amour à rebours, le râteau.

Ruptures orageuses, largages cataclysmiques, séparations sismiques, abandons glaciaires, évaporations désertiques, trahisons en rafales, jalousie volcanique, bref, dans le karma de l’amour, il n’y a pas que le love, il y a l’autre versant, le break de love, le truc qui vous fait ressentir la solitude comme un truc insupportable.

Parce que cette situation ne dure jamais, parce que l’amour suit les même cycles que la météo, le beau fixe, l’orage, l’œil du cyclone, le cyclone, le ciel de traine, et le beau fixe again.

Parce que comme Houllebecq, il me semble que le rire est la meilleure antidote au désespoir.

Parce que pour la St Valentin, il y a plein de cœurs complètement craquants, stylés, joyeux, top mode, à s’offrir sans attendre qu’un mec vous l’offre.

En pensant à tous celles (article non mixte) qui ne sont pas sur le haut de la vague pour la Saint Valentin, je vous offre mes crushs de bijoux cœurs pour se faire du bien et vous confie le florilège de ces phrases qu’on se dit quand on est en rupture de love, en désintégration, en pétrification, bref, en chagrin d’amour.

Si je parle en notre nom « les femmes », c’est que c’est plus fastoche, sur ce sujet les femmes sont prolixes, les hommes sont muets.

Entre rire et larmes, il y a forcement de l’amour qui est passé, qui est présent, qui reviendra un jour par une autre porte, et surtout, il y a un bijou cœur à porter, pour vous dire que l’amour, quand vous l’aimez vraiment, c’est pour toujours.

  • Tu sais c’est quoi le truc dans les chagrins d’amour ? Tu voudrais être à j + 6 mois, direct, histoire de zapper la phase horrible « sentiment de mort imminente dans d’atroces souffrances»…
  • Un chagrin d’amour c’est une crise de manque. Tu te bats pour pas replonger. Si tu craques tu crois que ça va aller mieux mais tu t’aggraves. Si tu craques pas, tu vas peut être aller mieux un jour, mais c’est tellement loin que tu meurs d’envie de craquer pour aller mieux tout de suite…

  • L’amour fou ça sert à rien. Quand tu le vis tu es surexcité, tu manges plus, tu bosses plus, tu dors plus. Quand ça s’arrête tu es paralysé, tu manges plus, tu bosses plus, tu dors plus. Que de temps perdu…
  • Le truc que t’entends le plus quand tu as un chagrin d’amour ? « ça va passer ». Le truc que tu voudrais entendre ? « Il va passer ». Les gens ne sont vraiment pas psychologues…

  • La jalousie, c’est un sentiment indigne. Sauf quand il s’agit de la bitch qui t’a piqué ton mec. La c’est juste de la self défense, c’est légitime…
  • La bitch, c’est l’autre. Forcément, même si c’est mère Teresa, c’est une salope puisqu’elle a pris ton mec…

  • Le chagrin d’amour, ça change la composition chimique de ton cerveau. Il devient aussi inopérant que le pilote néophyte perdu dans une mer de nuage sans outil de navigation. Tu sais plus ou est le haut et le bas, ou est l’est et l’ouest. Tu penses tout et son contraire en une nano seconde, juste avant le crash…
  • Il y avait trop de bonheur, il fallait que ça s’arrête. L’excès de bonheur, c’est comme le pétard, ça rend con..

  • On dit que les mecs sont lâches. De nos jours, un mec qui prendrait le temps de t’expliquer de vive voix pourquoi il te largue plutôt que te balancer un sms, je crois qu’il mériterait un hommage de Macron aux Invalides. C’est dire la rareté de l’héroïsme moderne…

  • Une rupture qui se passe bien ? Ah si, quand les deux ne s’aiment plus en même temps, rarissime comme une éclipse solaire, en gros une fois par siècle…
  • Une rupture doit être classe. C’est le moment où il faut impérativement éviter le Facetime, on peut avoir la plume solide mais la gueule aussi déchirée que Courtney Love à l’enterrement de Kurt Kobain…
  • Quand on vit un chagrin d’amour, les séances d’abdo-fessier aident beaucoup. On s’accroche avec rage en se disant que si on tient jusqu’au bout, à défaut de récupérer son mec, on aura le corps suffisamment ferme pour en récupérer un autre…

  • Une histoire d’amour qui s’arrête brutalement au faîte de la passion, c’est l’arrachement d’un pansement sur une plaie à vif, ou plus prosaïquement, une épilation du maillot à la cire orientale. Ça fait un mal de chien…
  • Les amis, dans un chagrin d’amour, c’est autant de pancartes qui t’indiquent la route du salut dans une direction différente. Pour Pierre, la route part au nord, vers l’Espoir. Pour Paul, la route part au sud vers l’Oubli. Pour Jacques, la route part à l’est vers le Doute. Pour Luc, tout ça c’est du bullshit, bouge toi le cul. Avec ça, tu es larguée au milieu du carrefour, en panne…

  • La colère, c’est la phase numéro 2 du chagrin d’amour. Il paraît que c’est très sain de vouloir découper sa rivale à la tronçonneuse, et parfaitement naturel de souhaiter les flammes du bûcher à l’abominable lâche qui a tourné les talons. Le seul problème, c’est que tout ça reste un vieux pieu (vœux pieux ? ). On pourrait pas rétablir le droit à la torture ?
  • La seule stratégie envisageable ? Silence sur la ligne. Pas un sms, pas un whatsapp, pas une photo sur Insta, pas un commentaire sur FB, pas un gazouillis sur twiter. Silence total, la devise de la larguée est « Douleur, Dignité, Distance ». Le panache de la Marquise des Anges à l’ère du digital. La classe totale…

  • Un des arguments des consolateurs du chagrin d’amour, c’est de dire « C’est génial, au moins tu vis quelque chose de fort, tu es vivante ». Pas sur…
  • Quand t’es in love, tu as 15 ans. Depuis qu’il est parti, t’as 95 ans. Au milieu, il y a l’âge de tes artères. C’est fou de penser à quel point l’âge est co-dépendant de l’amour. Un vieux qui aime, c’est un ado. Une ado qui n’aime pas, c’est une vieille fille…

  • Celui qui est parti te suit comme ton ombre. Tu te surprends à te retourner pour vérifier si tu ne rêves pas. Comment se débarrasse t-on de son ombre ? Pas sure que ce soit dans les cordes d’un psy, il va falloir consulter chez les indiens Navajos. Quelqu’un a une adresse ?
  • La phase dangereuse du chagrin d’amour, c’est celle qui correspond à J+1 mois après l’arrêt de la clope. Tu es un peu sevrée de nicotine, tu fanfaronnes en disant à tout le monde que tu n’en n’as plus du tout envie, et un soir, tu en allumes une, juste pour vérifier que c’est vraiment dégueulasse. Et là, tu t’en reprends pour 10 ans…

  • Il y a un changement de paradigme qui finit TOUJOURS par arriver dans le chagrin d’amour, c’est le moment où tu lâches enfin Barbara Cartland pour Spinoza : Tu jettes les kleenex, les cœurs en guimauve et tes cellules grises se réveillent d’une longue léthargie. Et là tu te surprends à sauter de joie, parce que tu es en train de redevenir toi-même : libre

Merci à mes amies les Greluches qui m’ont permis de rassembler ce florilège de pépites

Merci à Houllebecq qui réussit à me faire rire avec ses regrets. Je ne suis pas de ceux qui trouvent qu’il est prémonitoire, je le trouve juste implacablement lucide sur son temps, totalement noir, mais paradoxalement très humain.

Merci à Sarah Clavelly pour ses jolies photos

Et bien sur à toutes les marques que je cite ici et qui font les plus jolis cœurs du moment !

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10 réflexions sur “L’amour à rebours

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