Les mille et une lumières de Noor

Le deuxième arrêt sur image de ma fashion week, c’est ma rencontre avec une princesse.

J’ai un peu tardé à vous le raconter, parce que rencontrer une princesse, ça impressionne.

J’ai beau avoir mon âge, les contes de fées ne me laissent pas de marbre.

Et Noor Farès est une héroïne directement sortie d’un conte, sans doute le plus mythique : elle est l’incarnation moderne de la Shéhérazade des Milles et Une Nuits.

Le savant mélange de l’âge d’or oriental, d’une culture millénaire et lointaine, du pays du Levant et de la Perse, de l’opulence et de l’ivresse, du mysticisme et de la poésie.

Parce que en dehors d’être une princesse, Noor est aussi une des créatrices de bijoux les plus renommées de sa génération.

Stéphanie Roger, de la boutique White Bird, me convie toujours à ses trunkshows, et j’y ai fait là mes plus belles rencontres de créatrices de bijoux.

C’est là que j’ai rencontré Noor la semaine dernière, dans le délicat salon de la boutique, un peu isolées du tourbillon des invités. J’ai réussi à capter Noor pour un moment, ce qui est littéralement un exploit, car elle attire à elle l’attention comme la lumière, et ce n’est pas un jeu de mots, car Noor veut dire Lumière en arabe…

Quand elle est arrivée chez White Bird, elle avait quelques minutes de retard, mais je lui ai pardonné illico, car elle était absolument parfaite. Une jupe iridescente de chez Gucci qui évoque les couleurs chatoyantes de sa dernière collection rainbow (ses boucles d’oreilles en forme d’ailes, trempées dans un bain de nano céramique, un truc irrésistible ! ), un maquillage naturel mais impeccable, ses longs cheveux libres, et en accumulation, tous ses bijoux talismans, comme des grigris protecteurs.

Elle s’est présentée avec un sourire de Joconde, je lui ai raconté que j’avais l’impression de la connaître depuis longtemps, au travers de son compatriote libanais Selim Mouzannar, pour lequel je travaille, en parallèle de mon blog.

Nous avons immédiatement établi une connivence, liée à son pays que j’adore, et à son métier qui m’est si familier. Elle m’a parlé de son parcours, de sa passion pour la création, de l’Inde, des pierres précieuses et des talismans. Mais au delà de son métier de créatrice, j’étais traversée par de multiples images d’elle.

En authentique héroïne de conte de fées, elle a le don d’ubiquité, de dédoublement, et son image est une sorte de caléidoscope multicolore.

Et c’est précisément cette multiplicité que je vais essayer de vous raconter. Car entre toutes ces images d’elle et la réalité de la jeune fille sereine aux grands yeux noirs, il y a un monde que j’ai eu envie d’élucider.

Parce qu’en dehors d’être une créatrice de bijoux, Noor est aussi ce qu’on appelle une socialite : il suffit de jeter un œil à son Instagram pour comprendre que sa vie est un flux ininterrompu de voyages dans les plus beaux endroits du monde. De Saint- Jean-Cap-Ferrat à Dallas en passant par Jaipur et Ceylan, de Londres à Ibiza en passant par Les Cyclades et Oman, De Beirut à Paris, Noor est une citoyenne du Monde. Née au Liban, élevée à Paris, études à Londres à la Central St Martin’s School et aux US pour l’histoire de l’Art, cette fille est partout chez elle.

Parce qu’en dehors d’être une créatrice de bijoux, Noor est aussi une BFF (Best Friend Forever) de plein de filles géniales, des filles de son âge qui ont reçu en héritage tous les dons du ciel et en premier lieu la célébrité : de Eugénie Niarchos, sa « soul sister » également créatrice de bijoux, à Bianca Brandolini, top model, en passant par Tatiana Santo Domingo, membre de la famille princière Monégasque.

Premier point commun avec ma modeste personne, Noor a plein de copines… Les miennes s’appellent toutes « Josiane » ( prénom générique de la Greluche), ont plus d’un demi-siècle, des enfants déjà adultes, un vieux mari ou un vieil ex-mari, des succès mais aussi des galères ou des amants abracadabrants. Ses copines à elle sont issues du gotha mondain international, sont belles, jeunes, et fiancées à un prince charmant.

Mais je ne suis pas bégueule, toute fille qui a une âme de Greluche me touche, l’amitié féminine est une valeur sûre.

Parce qu’en dehors d’être une BFF, Noor est une authentique styliste de mode, je trouve son look absolument unique, sophistiqué et très inspirant.

Elle a une prédilection toute particulière pour Gucci, Missoni et Giambattista Vali, Valentino, l’indien Manish Arora et bien sûr son compatriote Rabih Kayrouz, et pardon pour ceux que j’ai oubliés, car Noor est une encyclopédie de la mode.

Je jurerais qu’elle n’a pas de styliste, et qu’elle doit son look de princesse arty à sont œil infaillible. Elle aime les détails, les couleurs, elle se crée des tenues qui sont des petites histoires, comme cette coiffure avec deux couettes macarons qui la font ressembler à Princesse Leila dans la guerre des étoiles.

Noor est une princesse qui a inventé son style, elle réinvente le statut, à 20.000 lieues des codes convenus de Westminster ou de Monaco. Shéhérazade trace sa propre route, je dis chapeau.

Elle a un véritable don pour la mise en scène de cette vie brillante, comme si devenir l’actrice de sa propre vie était devenu pour elle à la fois un métier, et une seconde nature qu’elle exerce avec professionnalisme et naturel. Je l’ai vue poser plusieurs fois, elle n’a aucune leçon à recevoir de la confrérie des tops models les plus connues du monde. Elle a un sens inné de ce qui la met en valeur. Ses photos sont toujours posées, colorées, étudiées, harmonieuses.

Même au fin fond de l’Inde, elle va trouver le joli sari qui va avec son diadème, princesse toujours princesse. A tel point que quand je l’ai vue en vrai, je n’ai pas pu m’empêcher de m’exclamer qu’elle a l’air tellement plus jeune qu’en photo !

Noor est une enfant qui a grandi dans un costume de princesse, le costume a pris le pas sur le reste, et est devenu son quotidien, elle porte la robe Gucci comme moi mon jean.

Elle est la fille de l’ancien vice-premier-ministre Libanais Issam Farès et de Hala Farès, grande collectionneuse d’objets d’arts. Elle a été élevée dans le plus grand raffinement, et elle a reçu en héritage le goût immodéré pour les bijoux, le pouvoir évocateur des pierres, la magie des talismans, les mystères qu’ils portent en eux et leur capacité à transmettre un message ancestral. Elle porte sur elle un œil de Lito (créatrice grecque dont je vous ai déjà parlé et qui est aussi chez White Bird), en plus de ses nombreux bijoux, et elle croit dur comme fer au pouvoir talismanique des pierres et en particulier de l’opale, qu’elle adore littéralement.

Je lui ai résumé l’histoire de Hermione, une héroïne du livre de Walter Scott «Anne de Geierstein ou la fille des brumes ».

Le 15ème siècle, un aristocrate Suisse qui tombe amoureux fou de la fille d’un sage, une persane incroyablement belle et mystérieuse qui porte une opale en diadème sur son front, pierre qui vibre au rythme de ses émotions, comme une âme sœur…

Les yeux de Noor se sont mis à briller, elle adore les histoires fantastiques autour des pierres, et je me suis promis de lui trouver ce livre. Je pense qu’au fond d’elle, Noor est une enfant qui met en scène ses rêves : ses robes sublimes, les décors parfaits dans lesquels elle évolue, les bijoux chatoyants qu’elle crée, sont les décors du monde fantastique et intime de Shéhérazade.

Elle est depuis deux ans la femme d’un charmant jeune homme, Alexandre Al Khawam, à qui elle a dit oui dans l’église de Honfleur, au grand dam de la petite ville normande, qui n’avait pas vu un tel déploiement de somptuosité depuis des siècles. Les festivités, comme dans les contes de fées, ont duré 3 jours, et les tenues indiennes ont succédé aux tenues haute couture, la presse du monde entier en a parlé, et Noor a définitivement accédé à son statut de princesse grâce à ce mariage fantastique.

De la même manière qu’elle passe comme un éclair d’un bout à l’autre de la planète et qu’elle parle plusieurs langues sans l’ombre d’un effort, il me semble qu’elle avance dans la vie comme sur un tapis volant. Elle ne marche pas elle glisse. Il se dégage de sa personne une tranquillité confiante, une lenteur maitrisée, quelque chose qui boucle la boucle avec la force sensible de la princesse Leila dans la guerre des étoiles.

Nous avons commencé l’entretien en français qu’elle maitrise parfaitement, mais elle a tenu à s’excuser avec une politesse charmante : « mon français est devenu lent » me dit- elle. Elle est plus fluent en Anglais, car elle vit à Londres maintenant depuis quelques années. Comme pour se faire pardonner, elle m’explique qu’elle adore Paris, ville dans laquelle elle a passé sa jeunesse.

Elle m’a raconté ses études, et j’ai senti que tout ce qu’elle a appris était en quelque sorte pour revenir au bijou, passion de sa jeunesse.

La Central St Martin’s School de Londres comme l’école de Gemmologie de Paris lui ont ouvert les portes du métier, et elle a construit sa première collection autour du bois, matériaux brut qu’elle affectionne particulièrement et qui lui a été inspiré par les bijoux de René Boivin collectionnés par sa mère.

Elle me parle avec ravissement de ses voyages en Inde, des couleurs qui l’inspirent et de l’atelier avec lequel elle travaille depuis maintenant quelques années.

Je lui demande comment elle travaille, loin de son atelier, et elle m’explique qu’elle fonctionne par mood boards, puis sur la base de dessins qu’elle envoie chez son fournisseur en Inde. Celui-ci lui renvoie des 3D très précises, et réalise un prototype en cire sur une imprimante 3D. Je suis bluffée par les avancées technologiques des ateliers indiens, ils sont passés d’une culture ancestrale aux techniques les plus modernes.

Noor m’explique que c’est absolument génial de voir l’imprimante 3D sortir un proto aussi précis de la pièce qu’elle a imaginée.

Cela lui permet de ne voyager à Jaipur que trois fois par an, elle travaille à distance, et ne se déplace que pour finaliser sa collection, pour faire tailler ses pierres sur place en fonction de ses modèles, pour tenter de nouvelles techniques, pour graver ses pierres et pour profiter de la beauté de l’Inde du nord.

Toutes les créatrices qui travaillent là bas partagent cet amour immodéré pour Jaipur, et Noor ne fait pas exception à la règle. Ce lieu est pour elle le centre névralgique de sa créativité, aussi bien esthétique que mystique, il y a plein de bonnes ondes là bas qu’elle encapsule dans ses collections.

Elle me parle d’une nouvelle guest-house géniale dans laquelle elle descend toujours quand elle va la bas, le 28 Kothi. Rien que de voir le site, je meurs d’envie de prendre mon billet Paris-Dehli et de l’accompagner dans son prochain voyage. Les chambres ont le nom de pierres précieuses, la lumière est intense, et la déco sublime. Un truc génial pour se colorer les sens et l’esprit…

La boutique White Bird s’est remplie tout à coup, et j’ai senti que Noor allait s’envoler, version life du conte dans lequel la princesse disparaît aux douze coups de minuit… Quand je lui ai demandé ce qui arrivait dans ses prochaines collections, elle m’a parlé des Chakras, les fameux 7 points cardinaux du corps humain, vous savez, ce truc de la médecine ayurvédique qui est le sésame du bonheur sur terre ?

Je suis sortie de la boutique gagnée par l’ivresse scintillante de Noor Farès, un peu shootée par sa sérénité enveloppante, son rythme flottant, ses opales mystérieuses et ses ailes d’anges, ses talismans en pierres de lunes gravées. Avec  l’idée que là bas, à l’est, au confins du Levant et de la Perse, il y a encore des régions oubliées ou la magie envahit les rêves, le rêve enfantin de toute les femmes, celui d’être une princesse tout sa vie, sans interruption.

Photos Leo Cannone

Share Button

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *