Voyage au pays des Maharajahs

aigrette copie

Mercredi dernier, je suis allée voir l’exposition « Des grands Moghols aux Maharajahs, Joyaux de la collection Al Thani » au Grand Palais.

Un pur moment de bonheur, et en plein Paris, un voyage dans Alice au Pays des Merveilles, une incursion dans la caverne d’Ali Baba et les 40 voleurs, un rêve digne des Mille et Une Nuits.

Il faut courir au Grand Palais, traverser le mur du réel et se transporter d’un coup de tapis magique dans le monde merveilleux des joyaux inestimables, des pierres précieuses extraordinaires, et de l’éblouissant savoir-faire de la joaillerie Indienne.

Le cheminement dans l’exposition est d’ailleurs très inspiré des contes d’Orient, on a le sentiment de pénétrer dans une immense grotte où scintillent des touches de lumière, où chaque joyau apparaît en lévitation, dans des cavités qui rappellent le tréfonds de la mine pour les pierres, ou dans de majestueuses vitrines traversées d’un faisceau lumineux pour les pièces de joaillerie.

scenaographie

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Les pièces exposées couvrent l’âge d’or des dynasties Mogholes du XVIIème siècle jusqu’au début du XXème siècle, en passant par la période de domination britannique, certes plus troublée, mais néanmoins riche en échanges avec l’occident.

Tout est à tomber.

Les diamants de plus de 50 carats vous font regarder votre bague de fiançailles comme un vulgaire cadeau Bonux.

Le diamant rose « L’Agra », est là pour vous rappeler que le rose est la couleur de l’amour, et qu’un Maharajah a construit en Inde du nord un palais mythique en mémoire de son éternelle bien aimée.

Agra

Les émeraudes géantes où vivent tout un monde de mini explosions nucléaires gravées de mystérieux caractères vous projettent direct dans « Les Aventuriers de l’arche perdue » n° 1 en compagnie d’Indiana Jones, à la recherche de la pierre sacrée.

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Le repose bras de Fakir en or, diamants, rubis, émaux colorés et laque, qui vous propulse dans « Tintin au pays des Maharajahs », pour qu’un Fakir effrayant perché sur un fauteuil de clous vous lise l’avenir.

Le plumier en or, diamants, émeraudes, rubis, et nacres pour vous donner envie d’écrire vos Mille et Une Nuits en sanscrit.

L’aigrette en diamants et spinelles gravées, pour mourir d’envie de rencontrer illico un homme enturbanné au regard de braise (Juliette Binoche dans « Le patient anglais » qui tombe raide dans les bras d’un Sikh sublimissime, ça vous rappelle un truc ?)

Le collier en perles et spinelles, ou un des merveilleux colliers de diamants taille ancienne, pour se rappeler qu’il y a longtemps, on a toutes rêvé d’être une princesse.

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Le bijou de nez, juste pour se rappeler que le perçing ne date pas d’hier et n’est pas que l’apanage de la jeunesse rebelle.

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En même temps, je sais, je ne suis pas objective, j’en fais des tonnes.

Oui et non. J’aime l’Inde, c’est un pays charnel, qui met tous les sens en éveil, matérialiste et spirituel, immense et intense, hyper moderne et hyper traditionnel, démesurément riche et démesurément pauvre, un pays ou rien ne laisse indifférent, parce que la vie ne vaut que pour un moment, et qu’il y en aura bien d’autres à venir.

J’aime en particulier la ville de Jaipur, où j’ai séjourné plusieurs fois dans les années 2000, dans le sublime hôtel Samode Haveli.

Je venais pour sourcer des pierres semi-précieuses pour ma propre marque. J’ai passé des heures sur des tapis poussiéreux à attendre les négociants en pierre, qui  venaient présenter leurs pépites scintillantes dans de jolis papiers blancs pliés.

J’ai plongé avec délectation dans les odeurs, les couleurs et les saveurs de cette terre où le soleil fait briller l’or et les pierres précieuses de mille feux, et je me suis prise, un moment, pour une princesse indienne, dans les salles chargées de mémoire et d’ombre de l’Amber Fort, palais de Jaipur immortalisé par la dernière publicité Shalimar de Guerlain.

J’ai gardé de cette période un goût immodéré pour l’odeur du jasmin, les currys hyper épicés qui arrachent tout sur leur passage, et les diamants taille ancienne, ou diamants polkis ou diamants taille rose, ou Falamenkis, sertis avec cette technique indienne unique appelée Kundan.

Cette technique ancestrale permet de sertir sans griffe des diamants aux tailles irrégulières, et d’émailler le dos du bijou de motifs subtils et colorés.

Regardez ces vidéos qui expliquent ces techniques, c’est magique !

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Et puis enfin, les indiens ont inspirés tous les grands de la joaillerie du XXème siècle, de Cartier à Jar, en passant par Mellerio Dits Meller .

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Aujourd’hui, certains de mes créateurs favoris ont puisé dans le creuset du savoir-faire indien.

La première est évidemment Marie-Hélène de Taillac ; Elle a remis au goût du jour il y a déjà 20 ans cette tradition ancestrale, avec ses pierres de taille ancienne aux couleurs intenses. Son atelier est à Jaipur, dans les murs du Gem Palace, et son dernier modèle de chevalière gravée reprend la tradition de la gravure sur pierre, rare aujourd’hui, si prisée au temps des Grands Moghols.

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Plus récente, la créatrice Catherine Levy de la marque Dorette, travaille les pierres chinées en Inde comme des petits bonbons multicolores, qu’elle sertit selon la tradition, sur un plateau d’argent, avec une feuille d’or rabattue en serti clos lisse ou dentelé ravissant.

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Et enfin, l’anglaise Alice Cicolini, qui a repris la tradition du Kundan, et qui émaille ses pièces de motifs colorés et subtils, digne des bijoux des Maharajahs.

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Ce qui me touche dans ces marques, c’est justement la subtilité du travail manuel, l’éclat plus doux des pierres taille ancienne, et surtout, le charme de ces techniques ancestrales, qui nous rappellent indéfiniment que dans la réalisation d’un bijou, le temps passé par la main de l’homme reste un des facteurs clé de sa beauté et de sa portée émotionnelle.

Allez au grand Palais, un bain de merveilleux est un bain de jouvence, il est bon de se remémorer ses rêves d’enfant.

Et au fait, il y a une chose que je ne vous ai pas dite, mais que je vous glisse ici. Al Thani, l’heureux propriétaire de ces joyaux, n’est autre que le prince régnant du Qatar. Il a 3 femmes et 9 enfants, et il est immensément riche, sponsor et mécène de la culture, des arts, du foot, et des frères musulmans.

Qui a dit que les princes n’existaient plus ?

De là à dire qu’il est charmant, ça c’est une autre histoire, qu’il n’est pas dans mes attributions de rapporter ici… Nous sommes là pour rêver, non ?

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One thought on “Voyage au pays des Maharajahs

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