DFLY, à la poursuite du diamant clair

J’ai écrit mon premier post sur les bijoux éthiques en juin 2016.

Depuis, on a tous pris cinq ans dans la vue, on a remplacé le cinéma par Netflix, le bureau par Zoom et la TV par Instagram. Une touffe de cheveux blancs a colonisé le sommet de mon crâne, mon budget rajeunissement du corps et de l’âme a quintuplé, et les marques qui défendent une joaillerie éthique rencontrent un tel succès auprès des milléniums qu’elles imposent un bouleversement radical des filières traditionnelles de l’or et du diamant.  

Pour nous les humains, cinq ans c’est pas rien. C’est le temps qu’il faut pour passer de l’ado boutonneuse à la belle plante sexy, alors qu’il ne faut que quelques semaines à la chrysalide pour devenir papillon, mais environ 2,5 milliard d’années pour qu’un diamant géologique remonte jusqu’à la surface de la terre.

Au cours de ces cinq ans, en ce qui concerne les diamants, ce n’est pas d’une révolution dont il faut parler, c’est d’un big bang. Parce que les découvertes scientifiques des dernières décennies ont abouti à une performance industrielle fabuleuse, tout aussi improbable pour nos cerveaux modernes que la révolution copernicienne du XVIème siècle par ses contemporains. C’est un changement de paradigme qui met à mal mes représentations du monde de la joaillerie.

On m’aurait dit il y a encore cinq ans qu’on allait désormais mettre deux mois pour cristalliser un diamant à partir d’un mini bout de carbone mis sous pression et haute température dans un four, j’aurais crié à l’imposture, aussi surement que le sceptique cri au fou devant la promesse d’une machine à remonter le temps ou de la transmutation du plomb en or. Et pourtant…Tout a commencé il y a un an, avec un premier appel de Philippe Airaud pour me parler de DFLY.

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La joaillerie solaire de Salomé Rico

J’ai rencontré Salomé Rico un beau jour de septembre, dans sa jolie maison de Montreuil aux couleurs d’un Riad marocain, autant dire il y a un siècle. Un flashback salutaire dans l’été indien en ce weekend de Toussaint gris-bouille.

Entre temps j’ai bouclé un cycle, ce qui m’a pris du temps. J’ai écrit la biographie d’une étoile du grand monde. Je me suis régalée, j’adore jouer les Colombos pour enquêter sur le parcours de personnalités d’exception. Apporter une note romanesque à un personnage réel c’est mon kif, c’est ce qui me donne l’impression de vivre d’autres vies que la mienne, un privilège qui vaut mille fois ce temps passé à écrire.

Ce qui se termine est nécessaire à la naissance de quelque chose de nouveau, dixit Rose, ma prof de Yoga à laquelle j’ai confié depuis peu le salut de mon corps et de mon esprit. Je me réjouis donc d’attaquer la novembrite avec Salomé, créatrice de bijoux pétillante à l’énergie solaire.

Tout dans l’univers de Salomé avait attiré mon attention. En premier lieu son prénom mythique qui la prédestine à une passion immodérée pour les bijoux, la Salomé Dansant de la bible et de Gustave Moreau, c’est quand même un atavisme un peu plus classe que la Sylvie Vartan au blond platine des années yéyé, ou la Sylvie Jolie à la gouaille de poissonnière des années 70, merci papa-merci maman…

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L’irrésistible folie douce de Florence Nérisson

C’est l’été… Pour la plupart du monde, la seule préoccupation, c’est de se faire bronzer les fesses et de picorer des tapas avec un verre de rosé devant le soleil couchant.

Mais il y a les autres, ceux qui bossent.

Par obligation : les saisonniers, médecins, sauveteurs, guides, hôteliers et restaurateurs au service des touristes tout l’été.

Par vocation : les sportifs qui se produisent au JO.

Et par aspiration : les écrivains et les artistes qui ne se lèvent le matin que pour assouvir leur soif de création.

J’ai une grande admiration pour cette troisième catégorie à laquelle je rêve d’appartenir, ambition perturbée par mon inclinaison aux plaisirs primaires de la vie, fesses bronzées, rosé, tapas…

Florence Nérisson fait partie de ces artistes que les vacances n’intéressent absolument pas.

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Le renouveau de la Saga Mellerio

La relation que j’entretiens avec les marques est finalement assez proche d’une relation humaine.

Certaines me laissent totalement indifférente (je ne les calcule pas), d’autres me hérissent (je ne les citerai pas), et puis il y a celles qui m’attirent (j’ai envie d’en parler donc de les acheter).

Et je ne suis pas la seule n’est-ce pas ? Certes, « l’amour n’est pas à vendre », mais à l’inverse, pour acheter un produit, il faut d’abord… l’aimer. D’ailleurs plus il est cher, plus le niveau d’amour doit s’intensifier d’un cran. Qui n’a pas dit en parlant d’une fringue ou d’un bijou « je l’adooore !!! » ?

C’est sans doute du fait de cette relation affective que j’ai délaissé le marketing pour me consacrer au récit de l’histoire des marques, qui se confond bien souvent avec celle de leur créateur. Alors quand il s’agit d’une marque qui a traversé les siècles, ce n’est plus dans une histoire mais dans une saga qu’il faut se plonger.

Mellerio dits Meller fait partie de ces marques qui me fascinent parce que leur histoire se confond avec la grande Histoire, et si je l’observe depuis un moment, c’est aussi parce qu’elle me fait penser à celle du grand parfumeur Guerlain pour lequel j’ai travaillé au début des années 2000.

Une histoire qui traverse les siècles et qui prend racine Rue de la Paix, le quartier « branché » sous Napoléon III dont la plus grande influenceuse fut l’impératrice Eugénie, ce qui a quand même plus de classe que les Kardashian. Lire la suite

La bague Nuvola Ruby de Pomellato

Les nouveaux rubis du Groeland au sourcing estampillés ethiques vont-ils remplacer les célèbres rubis de Mogok, la vallée précieuse de Birmanie si chère à Joseph Kessel ? 

Il faut lire son livre « La vallée des rubis » pour comprendre que ce lieu est mythique, mais hélas aujourd’hui vidé de ses ressources.

La marque Pomellato s’est lancée dans une profonde transformation de son mode de sourcing et de production, et revendique aujoud’hui son engagement dans le développement durable. Cette série limitée de la bague Nuvola n’est pas disponible en boutique, il faut la commander pour la voir, parce que ce qui est exceptionnellement beau est aussi exceptionnellement rare.

Une forme elliptique, organique, fluide, qui joue sur une asymétrie à peine perceptible mais intensément charnelle, la signature unique de Pomellato est dans la bague Nuvola Ruby.

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Martin Martin, le chic remix selon Capucine

Si la mode reste pour moi un domaine désirable, c’est parce que je n’ai jamais réussi à en faire un métier pour en percer les mystères. Du haut de mon 1m73, j’ai bien tenté une carrière de top model autour de mes 20 ans, mais mon rêve s’est heurté à la dure réalité d’un nez trop grand, d’une oreille mal finie, d’un IMC non conforme et d’une démarche dégingandée digne d’Olive, la femme « à Popeye ».  

J’ai remballé mes rêves de grandeur après quelques petits jobs de mannequin-cabine au salon du prêt-à-porter pour des marques du sentier, job rémunérateur mais totalement dévastateur pour mon égo. Et j’ai remisé la mode au rang d’archétype de la perfection, inaccessible, réservé aux déesses de la hype.

Par la suite, je suis restée une spectatrice admirative des prouesses de la haute-couture et des fantaisies des créateurs, mais en réalité, je ne m’intéresse qu’aux vêtements que je peux porter, dans mes critères et dans mon budget, parfaitement identifiés depuis des lustres. J’ai un style sobre, classique, un tantinet routinier, et totalement axé sur le confort. Je ne me pose aucune question existentielle dans ce domaine, je ne fais quasiment plus d’erreur d’achat parce que je ne prends aucun risque. Bref ça ne fait pas rêver, mais je crois que ça s’appelle avoir trouvé son style, au grand dam de mon amie Isabelle Thomas, conseillère en image, qui aide avec talent toutes celles pour lesquelles la mode appliquée à soi-même reste un torture-test.

J’ai une grande admiration pour les filles qui savent créer et lancer un style, parce j’en suis incapable et que j’étouffe parfois dans ma monotone sobriété. L’audace des créatrices de mode et bijoux Marie Lichtenberg et son amie Diane Goldstein, me bluffe complètement et me pousse à sortir de ma sempiternelle monochromie. Dans un style plus couture, mon œil avait été attiré il y a un an par les sublimes vestes de MARTIN MARTIN, découvertes grâce à Constance et Sylvain de Persona Editions sur un shooting pour le joaillier Selim Mouzannar. Une élégance sobre, une ligne impeccable et quelques détails ultra sophistiqués font des vestes Martin Martin le truc qui vous habille en un clin d’œil.A la sortie de l’hiver et du énième confinement, j’ai été prise par une irrépressible pulsion de renouveau. J’ai eu envie de changer de look, de balancer ma penderie pour endosser un costume de lumière et j’ai repensé à MARTIN MARTIN. J’ai appelé Capucine, qui a tout de suite répondu présente à mon invitation. Après un démarrage en trombe chez Net-à-Porter, elle repositionnait sa marque sur de la vente directe et préparait le lancement de son Eshop, je tombais à pic.

Après 3 rendez-vous manqués pour cause de cas-contacts et de contrariétés covidiennes, nous nous sommes enfin retrouvées chez elle avec ma photographe Delphine, dans son ravissant appartement de la rue de Paradis baigné de lumière, un lieu multifonction qui lui sert aussi de bureau, showroom, et studio photos.En boots vernies noires, jean et pull rose poudré, visage naturel et longs cheveux bruns à demi noués en chignon express, Capucine a l’élégance désinvolte d’une Jane Birkin, et la vivacité d’une bombe énergétique. Connectée à son iPhone, elle nous offre un café, nous fait visiter son appartement aux murs chatoyants de couleurs, ouvert sur une ravissante cour pavée, et nous installe dans son salon. Un mur recouvert d’un miroir, des meubles exotiques, d’immenses tableaux d’artistes, des fleurs séchées et partout, des portants avec ses vestes, manteaux et sa nouvelle robe «Constance», qu’elle lance bientôt sur son site.Nous avons commencé l’interview en échangeant sur le challenge d’Instagram, devenu pour toute marque émergente le canal de communication essentiel, et pour moi un pensum, car comme toute personne née avant l’ère du portable, je déteste me mettre en scène. Capucine a beau être de la génération Insta, elle m’avoue ne pas maitriser toutes les ficelles de la communication digitale, et ne pas être à l’aise avec son image. Je m’en étonne, parce que je la trouve d’un naturel absolument désarmant, mais elle me dit que non, chacun son métier, elle aime dessiner des vêtements, pas forcément en faire la promotion devant une caméra, alors elle a décidé de se faire aider par une pro, tout simplement.

Je l’écoute avec attention, je croyais que toutes les filles de la mode avait leur iPhone greffé en mode selfie H 24 mais c’est faux. La communication sur Instagram est devenue un métier, avec ses coachs, ses plannings, ses codes de communication, ses techniques de prod et ses partenariats. Croire que tout ça est inné tient de l’utopie, et je découvre chez Capucine la première qualité d’une jeune entrepreneur, elle sait s’entourer de pros.

Pendant que Delphine shoote avec enthousiasme les objets poétiques et les vêtements de Capucine, celle-ci me raconte son histoire. Au départ, ça commence en mode cancre. Elle rate son bac, mais elle a la chance d’avoir un père qui bien qu’avocat, a compris que sa fille n’est pas faite pour les études académiques. Il l’encourage à travailler avec cette phrase inaugurale :

« On va pas s’acharner, profite de l’avantage de ton âge, bosse, ton expérience te servira plus que des études médiocres ».

Quelle chance ! J’aurais tellement aimé avoir un père qui m’encourage à être moi-même, plutôt qu’à me faire rentrer au forceps dans un moule qui n’était pas le mien…

Capucine saisit la perche sans rechigner. Elle enchaine les stages et les petits boulots, et décide de partir à Londres. Là elle rentre chez Brandy Melville, célèbre enseigne de fringues pour ados qui cartonne littéralement aux US, en Angleterre et maintenant à Paris. Elle a 23 ans, à la tête d’une équipe de vendeuses qui ont entre 18 et 20 ans qui lui racontent des craques toute la journée, mais elle adore. Elle se découvre un vrai talent de manager, de gestionnaire, et elle plonge dans l’exaltation du développement d’un business. Son anglais a progressé, bien qu’elle passe à Londres le plus clair de son temps avec des français. Son cœur d’artichaut a craqué pour un franco-libanais, elle reste une frenchie chez les roastbeef. Et c’est avec lui et 2 copains que leur vient une idée de génie. Il n’y a pas de rôtisserie à Londres, pourquoi ne pas ouvrir un resto qui sert du poulet roti ? Bingo, la bande de copains se lance, déniche un lieu dans une partie oubliée du quartier de Notting Hill, développe le concept de A à Z, déco, carte, ambiance, service, le resto Cocotte est né.

En trois ans, la petite équipe va faire un carton, parce que c’est nouveau, bon, branché, cool, le petit resto de quartier dans lequel on prend ses habitudes avec plaisir. Sushi Shop s’installe à coté, la fille de Dody Al-Fayed lance un resto vegan ultra banché en face d’eux. Le succès Cocotte va essaimer dans trois autres hot-spots londoniens. Mais alors que tout roule, un grain de sable sentimental vient bouleverser son système. Elle fait ses valises, laisse la gestion des Cocottes à ses associés et reprend l’Eurostar pour Paris.

« J’étais triste mais pas en mode serpillère – me dit-elle avec humour. Alors je me suis dit, qu’est-ce que je vais faire de tout ça ? »

L’idée s’impose à elle comme une évidence. Avec sa bande londonienne, elle avait découvert le festival Burning Man dans le désert du Nevada et ce voyage initiatique dans la cité éphémère de Black Rock City était devenu le rituel de leurs vacances estivales. Je la regarde avec des yeux ronds, je n’ai jamais entendu parler de Burning Man. Capucine m’explique.

Burning Man, c’est un festival de 7 jours fin aout qui prend la forme d’un ville éphémère dans le désert du Nevada. Créé il y plus de 30 ans par des artistes hippies de San Francisco, c’est devenu LE festival de la création artistique, un lieu où chaque participant exprime sa créativité librement, dans un esprit de partage. Une sorte d’utopie temporaire, un moment irréel, me dit Capucine avec des étoiles dans les yeux :

« On partait de Londres pour San Francisco et là on louait une caravane et c’était parti pour 16h de route. Tu dois venir avec ta création éphémère, tu coupes ton téléphone, tu campes, tu partages, tu vis la nuit, tu te déguises, tu échanges. Et au bout de 7 jours, les créations monumentales sont brulées dans un spectacle d’apothéose, on nettoie tout, et on retourne chez soi. C’est magique ».

Je suis interdite. Je ne sais pas si je pourrais vivre une semaine sous une tente par 40 degrés à servir des bloody mary, danser en tutu sous un soleil de plomb ou habiller un camion en jeu de Lego géant… mais je crois que toute expérience humaine basée sur la créativité et le plaisir de l’échange a du bon. En tout cas pour Capucine, c’est là qu’est née sa vocation. Chiner des tissus, trouver des idées fantaisistes, fabriquer un déguisement qui raconte une histoire, ça avait été son kiff.

Revenue à Paris, cette envie de créer des vêtements lui revient en boomerang. Est-ce parce qu’elle retrouve avec plaisir le chic parisien ? Est-ce que parce que sa grand-mère customisait tous ses tailleurs avec des boutons, des paillettes ou des broderies extravagantes ? Toujours est-il que Capucine a le goût du costume, mais surtout de la pièce unique qui enlève une silhouette.Consciente de ses faiblesses dans ce domaine, elle fait appel à une pro de l’identité créative et de la mode, Nadia Le Gendre, qui l’aide à définir son projet, et la forme à la création d’une collection. Elle a gardé ce travail d’une année entière dans un grimoire, un joli cahier de dessin où l’on retrouve les premières esquisses de ses vestes et des détails, les gros boutons doré à godrons, les volants, l’écharpe-cape, les paillettes, tout ce qui fait aujourd’hui le chic parisien des années 80 remixé par Martin Martin.Le trajet de Capucine est jalonné de rencontres, et si elle a créé les restaurants Cocotte avec sa bande d’amis de Londres, elle va lancer MARTIN MARTIN avec l’aide de Constance et Sylvain, ses voisins de palier de la rue de Paradis. Constance devient son amie, sa conseillère, sa bonne fée, et Sylvain le directeur artistique de sa marque. Il créé son identité graphique, son logo et il réalise tous les shootings.Constance est une pro de la mode, elle a été la directrice de la communication du talentueux créateur libanais Rabih Kairouz, elle connait par cœur l’écosystème commercial  de la mode. Elle met Capucine en contact avec un agent New Yorkais qui a le coup de foudre et place illico la collection dans son showroom. Les acheteurs de Net-à-porter débarquent la semaine suivante, craquent pour la nouvelle marque parisienne, et commandent 500 vestes.

Bergdorf et trois autres concept-stores influents embrayent, le coup est parti. On est en 2019, et toute l’année, Capucine vend ses vestes à tour de bras sur Net-à-porter qui la booste à fond. Elle vit l’euphorie des recommandes, mais la marge du distributeur qui s’additionne à une production parisienne couteuse se répercute sur le prix, 1000 € la veste. Début 2020, le nouveau réassort tombe, mais dès février, le Covid fait tout exploser.

« J’ai été prise d’un stress monstrueux, parce que chez Net-à-Porter, si 65% des stocks ne sont pas vendus, ils obligent le créateur à les racheter. Et évidemment, en période de confinement, personne n’allait s’acheter mes vestes à paillettes pour briller dans des soirées… »

Finalement, Net-à-porter qui a le même problème avec toutes les marques se résout à solder, mais cette alerte pousse Capucine  à sortir son business de cette dangereuse dépendance. Et puis elle a envie d’autre chose pour sa marque. C’est à ce moment qu’elle se dit :

« Je veux connaitre mes clientes »

« Je veux être moins chère »

« Je veux faire la même chose que ce que je faisais pour les boutiques les plus exigeantes, mais je veux le faire pour le plus grand nombre »

Forte de ce manifesto, elle consacre le début de l’année 2021 à revoir entièrement sa copie. Plus de distributeurs, un eshop dédié à la marque, le lancement en mai de sa robe mi-caftan mi-kimono baptisée « la robe Constance », une communication hyper musclée sur le digital, et des prix drastiquement repositionnés à la baisse. Ses vestes sont restées les mêmes, tissus, coupe et détails impeccables, mais le prix est passé de 1000 € à 350 €, de quoi me rendre folle de bonheur, et je ne serai pas la seule s’est sûr !

Delphine trépigne d’impatience, elle veut shooter tous les modèles sur Capucine. La séance photo commence, moi je fais tapisserie, ce qui me fait des vacances parce que comme déjà dit plus haut, le rôle de mannequin est un contre-emploi à ma nature tragi-comique.A l’inverse, Capucine est ravissante de naturel, pieds nus dans sa robe Constance en satin rouge carmin, fatale dans la version noir intense. Elle porte ses vestes sur un jean avec son élégance nonchalante, son chignon noué à la va-vite, elle joue avec la lumière dorée du soleil qui remplace avantageusement un make-up sophistiqué.En la regardant, je réalise que l’élégance est là, dans cet élan spontané qui se défie des règles, « une conscience ouverte sur soi-même » comme dit le grand écrivain espagnol Manuel Vilas, «une attitude, une façon de se tenir devant le miroir universel du temps».Le portable de Constance vibre, son attention flanche, les affaires reprennent. Son site ouvre début mai (à l’heure où j’écris ça y est !!!), elle a devant elle trois semaines de charrette pour tout boucler, le moment n’est pas à la poésie, plutôt à l’action. Je quitte Capucine à regret, moi aussi j’aurais bien aimé tout essayer, mais malheureusement, ses protos sont tous en 36 et je fais un bon 40…Mais en Mai fait ce qu’il te plait, et Mai c’est maintenant. Je suis sur le site de Martin Martin, et je me vois avec la robe Constance nude, en basket ou en talon de 12, avec ou sans make up, pour me balader ou pour une soirée, parce que  j’ai bien compris la leçon de Capucine.

L’élégance ne réside pas dans le prix de ce que l’on porte, mais dans le plaisir qu’on a de le porter.

Photos Delphine Jouandeau

Photo du shooting Selim Mouzannar AW19 Persona Editions

L’Indian Way de Dorothée Sausset

Dans la famille des créatrices de bijoux, Dorothée Sausset appartient à la catégorie des « Aventurières » et rien que pour ça je l’admire, moi qui n’ai jamais pu m’échapper durablement hors du périphérique parisien.

Elle a roulé sa bosse dans les Caraïbes, à Cuba, en Amérique du Sud, avant de se poser définitivement en Inde pour y faire des bijoux, d’abord pour les autres, et maintenant en son nom.

J’ai repéré son compte Instagram parce que j’y ai tout de suite reconnu l’Inde, ses couleurs éclatantes, sa lumière magique, ses paysages somptueux, ses effluves de jasmin et ses lieux sacrés. Moi qui ne suis pas du tout branchée ni yoga, ni méditation, ni talisman, ni bijoux ethniques, j’ai tout de suite adoré le compte de Dorothée, parce que ses bijoux sont ravissants, mais surtout parce que tout m’apparaissait authentique, sincère, dénué de ce folklore factice qui fait le lit des gourous New Age à la mode et des créatrices qui se mettent dans ce sillage juteux. Lire la suite

Marie Mas, Métamorphoses Merveilleuses

Écrire requiert du calme, du silence, du repli sur soi. Les écrivains sont des ermites, c’est bien connu.

Or depuis presque un mois, je vis dans le chantier de ma maison de Saint-Jean-de-Luz. C’est une expérience inédite qui perturbe ma concentration. Mon œuvre littéraire Les Précieuses s’en ressent, je peine à rédiger ce portrait de la jeune créatrice de joaillerie MARIE MAS que j’ai revue début Mars à Paris.

J’étais partie avec cette première phrase prometteuse :

Si Marie Mas est une de mes marques favorites, c’est parce que ses bijoux sont merveilleux, mais aussi parce que je l’ai vu naitre.

Là-dessus, un vrombissement effrayant m’a interrompue en plein élan, Benjamin, le plombier, a passé la tête et m’a demandé si je pouvais venir voir si la douche était bien installée.

J’ai à peine pris mon café que la pelleteuse de Ramuntxo, le VRD (Voirie et Réseaux Divers) s’est mise en marche, le jouet orange géant ramasse la terre par quintal pour boucher les trous de canalisation de la cour d’entrée. Benjamin m’annonce avec un sourire désolé que l’eau est coupée, je vais donc rester toute la matinée en pyj informe, dégueu, non-douchée… tant pis.Philippe, le charpentier m’appelle de l’autre coté pour me demander de valider les côtes de la pergola, selon lui, mon archi ne sait pas faire des plans, c’est bien connu.

A ce moment Pascal, le pisciniste arrive pour m’expliquer comment surveiller le remplissage de la piscine et prévenir Philippe que pas un clou ne doit tomber sur le liner flambant neuf. C’est pas comme ça que je vais finir d’écrire mon post.

Au milieu de tout ça, Cécilio, le maçon, n’est pas venu débarrasser les WC en plastique et les détritus qui jonchent le terrain vague qui constitue mon jardin.

Du coup, Jérôme, le jardinier, râle parce qu’il ne peut pas avancer, c’est toujours la même galère en fin de chantier, merde quand même, je suis pas éboueur, se plaint-il. Madame vous pouvez rappeler le maçon ?

J’ai mal à la tête, j’ai le sens pratique d’une huitre et l’œil d’un lémurien. Mon post a pris une semaine dans la vue, parce que suivre des travaux, en réalité, c’est vivre en kibboutz avec une équipe de mâles alpha pour lesquels ma maison est le terrain de jeux de guéguerres séculières.

Mais qui va me plaindre ? Personne, un chantier c’est un chantier, je réalise enfin le projet de toute une vie, construire mon petit paradis, c’est génial. Mais surtout, c’est sans compter mes copines qui me demandent en boucle : ils sont comment tes artisans ?

Alors à vous je le dis : j’ai un crush total pour les yeux verts de Benjamin, pour la force basque de Ramuntxo, pour le sourire ravageur de Philippe, pour le corps de rêve de Pascal, pour les biscotos héroïques de Cécilio et pour la voix de basse de Jérôme. Du matin jusqu’au soir, défile sous mon nez le catalogue de la virilité triomphante. Je ne suis pas à plaindre.

Voilà les filles pourquoi je reste sur mon chantier. Ici, c’est pas l’enfer, c’est déjà le paradis !!!

Allez, un peu de sérieux, retour sur MARIE MAS que j’aime d’amour, et que je veux vous faire découvrir.

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Corinne, des poignées de portes au bijou

Vous avez déjà fait des travaux ?

C’est une expérience qui s’apparente à un trekking de 3 mois au Népal alors qu’on n’a jamais marché plus de 3 heures dans les Vosges. Avec en ligne de mire, un endroit fantasmé, le toit du monde.

Au départ c’est l’excitation de l’aventure, on démarre sur les chapeaux de roues. On pète avec une joie mauvaise les murs qui enferment des pièces minus, les vieux plafonds trop bas, les vieux carrelages dégueulasses, et on se retrouve dans un espace nouveau, clair, dégagé, plein de promesses. On se dit que la première étape est cool finalement, mais quand on fait la pose, on est dans une ruine.

Après on commence à reconstruire, mais on se fatigue, la pente est raide, c’est long, trop long. On fait une overdose de béton, on a des nausées, ça y est, on rentre dans la vallée du désespoir.

Et puis soudain, la météo tourne, le guide presse le pas, vite, vite, il faut avancer. Ça se bouscule sur le chantier, on perce, on rebouche, on met partout des fils, des câbles, des tuyaux. C’est toujours la vallée du désespoir, mais en plus, il pleut, il fait froid. Il faut choisir en un éclair des trucs avec lesquels on va passer tout le reste de sa vie, les portes, les fenêtres, les prises électriques, les robinets, la hotte, la cuisinière, les radiateurs, le frigo, les luminaires, la couleur des murs, la couleur des portes, la couleurs des fenêtres, le matériau des sols, les lavabos, les wc, les boutons de chasse d’eau, les interrupteurs, les boutons des placards, et les poignées de portes. Et là, c’est le burn-out, on a le vertige, on se dit qu’on va mourir dans la seconde et dans d’atroces souffrances.

C’est à ce stade critique, en plein mois de janvier, que j’ai reçu le mail de Corinne Darmon.

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Les voyages dans le temps de Lou Woolworth

La première fois que je suis passée devant la galerie Isabelle Subra Woolworth au 51 rue de Seine, je suis tombée en arrêt devant la beauté des bijoux anciens présentés en vitrine, mais je n’ai pas poussé la porte.

J’étais pressée, et sans doute aussi, impressionnée. Les galeries de bijoux anciens m’en imposent plus que les vitrines des grandes marques de la place Vendôme. Ce monde-là exhale les privilèges aristocratiques, le prestige de la grande histoire, les secrets de familles et les mystérieux réseaux des antiquaires et des commissaires-priseurs. Un monde élitiste, un peu occulte, intimidant.

Comme souvent, le signe du ciel qui m’a permis de vaincre cette ultime (et ridicule) timidité est venu d’Instagram. Parce que les bijoux anciens, eux aussi ont fait leur révolution digitale. Depuis quelques années, si ce marché connait un regain d’intérêt, c’est en partie grâce à ce média essentiel pour les petites marques. Ce qui se cachait autrefois dans d’obscures galeries d’initiés fait aujourd’hui l’objet de magnifiques comptes Instagram qui foisonnent de bijoux hérités du passé.

Parce qu’un bijou ancien, c’est plus qu’un bijou. C’est aussi une histoire, une trace de la virtuosité d’artisanats oubliés, une source d’inspiration extraordinaire, une exquise nostalgie, et pour ceux qui les aiment, un talisman unique.

Et puis il faut le dire, ils sont doués d’un pouvoir magique. On ne choisit pas un bijou ancien, c’est lui qui vous choisit.

C’est ce qui m’est arrivé avec une bague que Lou Woolworth avait postée sur l’Instagram de la galerie.

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Flavie, la vraie vie de la joaillerie

En ces temps de semi-confinement chronique, Instagram est une lucarne ouverte sur le  monde. Ça donne l’impression d’une pseudo normalité, mais comme tout pseudo, ce n’est qu’un emprunt à la réalité, qui elle, malheureusement, est en train de se vider d’une grande partie de son contenu.

Ça devient vertigineux, on se demande comment on peut émettre une telle logorrhée d’images quand au fond, on ne fait plus grand-chose de remarquable. Alors on rabâche, on radote, on dilue un ordinaire de plus en plus ordinaire, jusqu’à la nausée. On va finir par mourir noyés dans l’insignifiance. A tel point qu’en ce moment, quand je rencontre une vraie personne pour de vrai, je suis quasiment en état de transe. Il m’arrive quelque chose d’extra-ordinaire, au sens propre du terme.

C’est ce qui m’est arrivé la première semaine de janvier quand j’ai rencontré Flavie de flav_ joaillerie.

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La beauté, etc…

La beauté, c’est l’alpha et l’oméga des discussions avec mes copines, le marronnier des journaux féminins et des siècles de quête d’un Graal qui se joue de nos fantasmes. Bref, c’est un sujet qui touche au cerveau néandertalien de la moitié de l’humanité.

Ça faisait un moment que je voulais en parler, mais j’hésitais à faire une incursion sur le terrain de Sophie Davant, son positionnement de  « vieille jeune » / « jeune vieille » pythie de la beauté est indétrônable.

 Et puis mon rayon c’est plutôt les bijoux.

Oui mais en même temps, on n’est pas loin. Parce que quand on parle de bijoux, on parle aussi de beauté, on parle de peau, d’intimité et de séduction. Et dans les bijoux, j’ai rencontré plein de femmes magnifiques, de vraies beautés, de toutes sortes. Parce que c’est justement ça que j’aime dans la beauté, c’est sa diversité, mais aussi ses paradoxes.

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L’année du serpent

Autant j’ai les serpents en horreur dans la vraie vie, autant je les vénère quand ils sont coulés dans l’or ou l’argent et sertis de pierres précieuses.

En cela je rejoins Cléopâtre et Liz Taylor, toutes proportions gardées.

Pourquoi est-ce que choisis un serpent pour clore cette foutue année 2020 ?

Parce que cette foutue année nous a confronté à nos peurs et a questionné nos désirs. Et que dans cette dialectique de la peur et du désir, dans cette oscillation entre la perte de notre tranquillité et la réminiscence de nos aspirations passées, il s’est opéré une translation, un mouvement, une mutation (pas celle du virus ! La nôtre !) qui doit ressembler à la mue… du serpent 🐍

Voilà mes serpents préférés :

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Galerie Ailleurs, le goût des belles choses selon Régis

Ça fait un bail que je cherchais un homme à interviewer, parce qu’au niveau parité dans mon blog, je ne suis pas du tout dans les clous.

Ce n’est pas de la mauvaise volonté, mais dans les bijoux et la création au sens large, je rencontre plus souvent des femmes que des hommes et je le déplore. En amitié, dans le travail, en amour ou en général, personnellement je ne pourrais pas me passer des hommes, n’en déplaise aux warriors du féminisme radical…

Je pourrais vous faire une thèse sur le féminisme que j’ai chevillé au corps depuis mes 3 ans et demi, mais c’est une autre histoire… il n’en reste pas moins que si la science est un domaine essentiellement masculin, la mode, les bijoux et la déco restent des univers où la sensibilité féminine prédomine. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’hommes.  

Alors quand Sophie Pfeffer de la marque 5 Octobre m’a parlé de Régis Godon et de sa galerie Ailleurs, j’ai sauté sur l’occasion. Un peu de testostérone dans le monde des Précieuses ça peut pas faire de mal ! Et puis les rares hommes que j’ai interviewés dans mon blog sont des figures dans le domaine du bijou et de la joaillerie, de Selim Mouzannar à André Gas en passant par Jean Grisoni et Walid Akkad. Alors je me suis dit qu’un nouveau dans la déco, c’était la pépite à ne pas manquer. Lire la suite

Hélène & Jeanne Karpov, l’âme russe puissance 2

Qui se rappelle de ce film hilarant « Un poisson nommé Wanda » sorti en 1988 ? Une histoire de hold-up de diamants réalisé par un trio d’escrocs loufoques, avec une Jamie Lee Curtis irrésistible dans le rôle de Wanda qui se pâme quand elle entend parler italien. Si je m’en rappelle c’est parce que c’est un des films cultes de ma jeunesse, et que je suis comme Jamie-Wanda, mais moi, c’est quand j’entends parler russe que je perds les pédales.

Mon syndrome Wanda est définitivement lié à l’âme russe.

Alors quand j’ai découvert le compte de Karpov.Paris sur Instagram, la marque créée par Hélène et Jeanne Karpov, je suis tombée en arrêt.

A force de faire défiler des images sur mon iPhone, j’ai souvent l’œil qui vrille, ce qui finit par me brouiller la vue autant que le jugement. Dans cette orgie d’images, les comptes qui saturent l’œil de bijoux ont tout faux. Parce qu’ils oublient de raconter une histoire, celle qui est forcément là, en coulisses du travail créatif.

C’est cette parfaite intimité entre les images de bijoux, les gouaches d’une rare perfection, et les illustrations tirées de l’iconographie russe qui a attiré mon attention sur le compte de Karpov.Paris. Je me suis arrêtée, j’ai admiré la délicatesse des dessins, les esquisses de leurs créations ou les gouaches multicolores illustrant des pièces de haute joaillerie, et j’ai été séduite par l’univers onirique qui se dégage de leur page, on a l’impression d’entrer de plain-pied dans un conte. Et puis j’ai compris.

Les sœurs Karpov sont d’origine Russe, mon syndrome Wanda s’est réveillé brusquement d’une longue léthargie.

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Les petites nouvelles 4/4 : Magali

Magali Pont est-elle vraiment une petite nouvelle de la création de bijoux ? Oui et non pas du tout, mais comme elle vient de lancer sa marque éponyme, j’ai eu envie de la retrouver et de vous la présenter avec un œil neuf.  

Six années se sont écoulées depuis notre dernière rencontre, elle a fait du chemin depuis. C’est toujours intéressant de confronter son propre parcours à celui des autres, chacun avance selon son propre système, en ligne droite ou en virages, en continu ou en pointillé, par palier ou en looping (moi je suis très looping, d’ailleurs en ce moment j’ai plutôt la tête en bas … ), peu importe, l’idée, c’est le mouvement.

Magali a le don de créer des bijoux comme on invente une histoire, et ce processus agit comme la mue du serpent. A chaque nouvelle histoire, elle se réinvente avec l’enthousiasme de l’éternelle jeunesse, et même si elle gagne en maturité, on sent bien, quand on l’écoute ou la regarde, que la flamme adolescente brule toujours intensément en elle.  

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Birdy Joaillerie, le nouvel Eden d’Alexandra

Les posts que j’écris en ce moment sont des souvenirs très récents. Juste avant le confinement saison 2, du temps où l’on pouvait encore aller dans une boutique pour voir, rêver, toucher, essayer, un bijou.

Fin octobre, j’avais rendez-vous avec Alexandra Makowski, la fondatrice des boutiques Birdy.

Je me rappelle d’un ami qui disait qu’il était heureux parce qu’il avait la mémoire d’un poisson rouge. J’avais trouvé ça à la fois déplorable, qui a envie de ressembler à un poisson rouge (?) et en même temps très pratique, parce que le manque d’imagination, ou plus exactement l’impossibilité de se remémorer le passé ou de se projeter dans l’avenir, c’est la garantie d’un état végétatif tout à fait tranquille.

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Les petites nouvelles 3/4 : Claire

La troisième rencontre de ma journée découverte ressemble à un speed-dating.

Je ne connaissais pas la créatrice de la marque yv.delloye que j’allais rencontrer. J’avais découvert ses créations chez By Marie il y a quelques mois et j’avais flashé sur ses bagues en tourmalines baguettes. Au sens propre du terme, car cette taille inédite potentialise la diffraction de la lumière dans la pierre en y allumant un fulgurant rayon, façon épée de lumière de Star Wars  (ceux qui sont fans m’auront compris, pour les autres, je les renvoie à la célèbre saga inter-galactique).

J’avais essayé toutes ses bagues aux formes architecturales d’un grand raffinement, et je m’étais dit que c’était vraiment beau, réalisé avec virtuosité, et surtout inédit.

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